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Channel: l'armoire essentielle
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Lessons From L.A.

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Il y a un peu plus d'un mois, au début du mois de mai, j'étais à Los Angeles. Visées premières de ce voyage : retrouver Laure (on aura beau me dire Skype, mails, Whatsapp, rien ne remplace un café pris en terrasse pour vraiment se parler) et découvrir la ville (le Getty Museum est un sacré truc, les amis). Ce que je n'avais pas prévu, c'est que Los Angeles, cette drôle de cité dont on peine à saisir les contours, qui semble comprendre des dizaines de villes dans la ville, qui hésite entre mer et buildings, détente et frénésie, était la parfaite antichambre pour préparer mon passage à la quarantaine. 

Car en rentrant de Los Angeles, j'ai fêté mes 40 ans. Et j'ai eu la sensation de vivre cet anniversaire à la californienne. C'est-à-dire détendue. Quoique toujours consommatrice à haute dose de gluten et lactose, et toujours extrêmement rétive à tout ce qui pourrait ressembler à du jus d'herbe, ce qui trahit mon appartenance bien parisienne et ferait de moi une Californienne très mal vue.

Pour mes 30 ans, ce fut une autre affaire. Le jour de cet anniversaire fatidique, et après avoir annoncé à la cantonade que de dire adieu à ma vingtaine ne me faisait ni chaud ni froid, je me suis bloqué le cou de manière spectaculaire. Impossible de bouger, le torticolis du siècle. Et ça ne s'est pas arrêté là, puisque, invitée ce jour-là par ma grand-mère à déjeuner dans le restaurant de la Gare de Lyon, Le Train Bleu, un lieu dont je rêvais depuis des années, je me suis retrouvée en plein repas à faire une allergie mémorable au décontractant musculaire que j'avais avalé dans le but de me décrisper. J'ai fini le repas à quatre pattes dans les toilettes du chic restaurant, avec un tournis infernal, au point que ma grand-mère, la pauvre, à dû quasiment me porter jusqu'à un taxi afin de me raccompagner chez moi (tout en restant, je tiens à le souligner, incroyablement classe dans son tailleur pantalon Armani, contrairement à moi qui, entre le torticolis et l'allergie, n'affichait pas une allure des plus dignes). Freud a dû bien rigoler, ce jour-là.

Une décennie peut faire une sacré différence. La première étant que j'ai fêté ces 40 ans sans ma grand-mère, et que l'absence de son appel le matin de mon anniversaire m'a semblé bien plus cruelle que le fait de me savoir vieillie d'une année de plus. Ses tailleurs Armani me manquent. Tout comme sa manière de rétorquer, à tous les coups durs de la vie, "tutto va benissimo", une expression qu'elle avait rapportée de ses dix années passées à Rome. Une expression italienne qui a son pendant à L.A., où tout le monde, quoiqu'il advienne, aime à vous assurer que tout est "cool", tout est "all right", qu'il n'y aura jamais de problème sous le soleil angelinos. Peut-être est-ce vrai. Peut-être est-ce un gros mensonge. Peu importe. Il y a une forme de philosophie zen dans cette ville pourtant par ailleurs surpeuplée, surexcitée, survitaminée. Un truc d'acceptation de la vie telle qu'elle est que ma grand-mère aurait aimé. Cela ne sert à rien de râler, de se plaindre, il faut avancer.

A Los Angeles, je me suis sentie à la fois chez moi et étrangère. Chez moi parce qu'il y avait les amis, Laure qui me faisait découvrir ses lieux favoris comme si nous avions fait ça toute notre vie, les avenues de Koreatown qui bruissaient sous le soleil du soir dans un éclat bienveillant. Et étrangère parce que dans cette ville immense, lumineuse, "larger than life", toutes les choses qui m'horripilent à Paris (le gris du ciel, les trottoirs minuscules, les passants qui font la tête) en venaient, paradoxalement, à me manquer.

Et la quarantaine ressemble un peu à cela. A une maison où l'on se sentirait à la fois bienvenu et étranger, un lieu familier qui serait aussi une terre inconnue. On y est chez soi et de passage, installé et en transit. On y apprend à faire avec le mouvement des choses, de soi-même. On y apprend, un peu comme à Los Angeles où tout est toujours en mouvement, à suivre le flot, à moins se crisper, à se délester des certitudes et des poids morts. On y apprend, peut-être tout simplement, à cesser de lutter contre la vie, qu'on ne peut et pourra jamais maîtriser.

Jeanne-Aurore





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