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Channel: l'armoire essentielle
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Question-réponse : Dois-je renoncer à mes contradictions ?

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Helena Christensen par Peter Lindbergh pour Harper's Bazaar US Mars 1993
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Laure à Jeanne-Aurore : Jeanne-Aurore, I need you. J’ai besoin que tu m’aides à faire le point, car malgré la lecture de tous tes posts, qui m’aident et qui m’éclairent, je reste malgré tout dans le flou… Je t’explique : j’aimerais bien trier encore un peu mon armoire pour peut-être me débarrasser de choses qui m’embêtent, des trucs que je ne mets pas, ou que je me force à mettre… Mais j’ai un problème, c’est que quand je les essaie, ces choses que je ne mets pas (ou pas volontiers), elles me vont, ce n’est pas comme si elles étaient moches, absurdes, ridicules, qu’elles ne me correspondaient pas du tout… Elles sont bien, objectivement bien. Mais… elles sont bien en « au cas où toute mon armoire prend feu sauf ça », en « ah, ça peut être sympa pour une soirée (une seule) », ou en « rentré dans le pantalon, ou avec une ceinture, bref, en étant créative, c’est très cool ». Et je suis partagée car d’un côté, j’ai envie que ma garde-robe soit simple, totalement anti-brainstorming, que je puisse y attraper n'importe quoi en toute quiétude, mais de l’autre, je me lasse assez vite de toujours les mêmes pièces, la même manière de porter, j’aime bien expérimenter, me faire des nouvelles silhouettes… Je suis aussi embêtée, car ces fringues que je veux donner, si ça se trouve, si je les croisais demain dans un magasin, je les achèterais : donc ça semble idiot de s’en débarrasser… C’est idiot, mais en même temps, elles m’exaspèrent. Rah la la. Que faire ? Garder ? Jeter ? Donc, chère Jeanne-Aurore : je t’ai exposé mon problème, sauras-tu démêler le fil de tous ces « oui mais » et « sauf que » et autres contradictions ?


Jeanne-Aurore à Laure : Tout d’abord, te rassurer. Ton problème n’en est pas un. Il est simplement le reflet de  cette femme formidable que tu es. Une femme qui s’installe à L.A. pour s’y faire des marathons de DVD de Claude Sautet. Une femme qui déjeune d’un grain de quinoa puis commande deux desserts parce tout à l’air trop bon. Une femme qui cite sans ciller et avec la même connaissance Fassbinder et "Legally Blonde" dans la même phrase. Bref, tu  n’est ni monocorde, ni monomaniaque (contrairement à l’auteur de cette réponse), ni monocolore, mais un joli bazar d’envies parfois contradictoires. Et ça c’est cool et c’est pour ça que je, que l’on t’aime.

Alors en somme, ce dilemme qui te tiraille, il est toi, et par conséquent il est à chérir. D’autant mieux qu’il exprime tes deux « toi », dont je me demande s’ils sont vraiment dissociables l’un de l’autre. D’une part le toi cérébral, Fassbidenrien, qui se rêve Sofia Coppola en mode minimal, vivant d’air Californien et de quelques basiques indémodable. Et de l’autre, le toi instinctif, fan du Elvis flamboyant période Vegas et des teen comedies acides, qui a crapahuté d’Inde en Afrique, a eu le courage de te délocaliser dans une ville inconnue avec mari et enfants, et a envie de se tirer une balle dès que les choses ronronnent un peu trop.


Privilégier l’une de ces facettes au profit de l’autre serait-il une bonne idée ? En es-tu incapable justement parce que ce serait renoncer à une part de toi sans laquelle, tu ne serais pas toi ? Saurais-tu, toi qui aimes tant « brainstormer », analyser, disséquer tout ce qui te passes entre les mains, les yeux, les oreilles, te contenter « d’anti-brainstorming » ? Saurais-tu ronronner avec les mêmes pièces chaque jour quand je te sais toujours en quête de nouveauté, toujours à l’affût d’un nouveau coin du monde à découvrir, d’un film à voir ? Ton appétit de tout, il se reflète dans cette garde-robe que tu n’as peut-être au fond pas tant envie que ça de mettre à la diète, pas tant envie que ça de canaliser et cantonner à un territoire stylistique donné. Car ce serait te mettre au quinoa à vie… et renoncer aux deux desserts qui suivent.


Mais trêve d’analogie culinaire bancale. Revenons-en à ces fameux vêtements qui te posent problèmes. Et si tu essayais de les aborder différemment ? De ce que tu dis, c’est ton « toi » cérébral qui jusque-là s’est manifesté quand il s’est agi de leur faire face. Un toi analytique, logique. Normal qu’en guise de réponse tu te sois retrouvé avec des points d’interrogation, des « au cas où »,  des justifications longues comme le bras. Mais, et si tu essayais de leur faire face avec ton toi baroudeur, impulsif, ton toi Elvis à Vegas ? En prenant chaque vêtement et te demandant s’il te donne le frisson, s’il te transporte ailleurs, s’il te fait vibrer comme un bon morceau de Dylan ou Lou Reed ? (Bref, en faisant la version rock du tri à la Marie Kondo). Peut-être qu’en laissant s’exprimer à plein cette facette de toi que tu  n’as cesse de vouloir canaliser, en ouvrant en grand les vannes, tu trouveras-là des réponses plus immédiates, limpides et lisibles. Des réponses qui proviennent des tripes, non du cerveau.


Et puis, peut-être, une dernière question à méditer : est-il possible que ces tiraillements vestimentaires soient à l’image de ton armoire même, dont une partie demeure à Paris tandis que tu en as pris une partie de toi à L.A. ? Avec un pied sur chaque continent, possible que ta garde-robe hésite entre les humeurs, les climats, le « toi » qu’elle doit refléter, tout simplement parce que toi-même tu vis cet entre-deux géographique, un entre-deux qui te nourrit aussi.




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