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  • 03/26/15--23:00: Old thing


  • A la suite de Laure, j’ai eu envie de me pencher sur ces vêtements qui sont, de longue date, les pensionnaires de mon placard. Comme elle, l’idée me taraudait : moi qui ai claironné à longueur de posts être en quête d’intemporels, en avais-je vraiment en ma possession ? Je coupe court tout de suite au suspense : pas tant que ça. Et ça ne me choque pas vraiment. Je reviendrai plus loin sur cette idée, mais en préambule, disons déjà qu’après des années de tris et rechutes, après mon projet armoire 2.0. dont le but était justement de repartir de zéro, je ne suis pas étonnée de n’être pas la propriétaire d’une collection de trésors vintage. Et que, au final, je me rends compte que ce n’est pas mon but.

    Quoiqu’il en soit, les quelques survivors que je détiens ont ceci d’intéressant (enfin, relativisons, intéressant pour moi) qu’ils tracent en creux mon parcours d’acheteuse, entre choix intelligents et dérapages délirants.

    Il y a d’abord le foulard japonais (circa 1998-9), celui qui aura survécu à tous les tris, celui que mon fils aujourd’hui, cet escroc, s’est approprié pour en faire un doudou, celui que je me rappelle avoir porté hiver comme été avec mon combo favori de l’époque, jean brut APC sur les fesses, T-shirt Petit Bateau sur le dos, boots ou Adidas aux pieds. Outre que son imprimé d’hirondelles printanières provoque chez moi une JOIE (© Marie Kondo) irrépressible, je crois que je l’aime aussi parce qu’il est talisman, gri-gri me ramenant à cette époque où j’étais capable d’acheter « sainement », piochant en début de saison quelques basiques auprès de deux-trois marques qui correspondaient à mon budget et à mon goût (APC, Agnès B…), que je complétais par des encore-plus-basiques de chez Petit Bateau ou Gap. Et c’était tout. Je ne passais pas ma vie à shopper, je n’avais pas besoin de « détoxer » mon armoire dans la mesure où elle était en très bonne santé. Un fonctionnement sans histoire que je me suis empressée de jeter aux orties.

    Autre pièce à conviction et autre étape de mon armoire, le portefeuille increvable (circa 2001). J’en ai déjà parlé ici, je ne vous refais pas son historique. Cet objet a marqué un tournant pour moi, il est sans doute le dernier achat un peu malin et serein que j’ai fait durant la décennie 2000. J’avais mon premier job, mes premiers salaires, plus d’argent à dépenser, la tête farcie des looks schizophréniques de Carrie dans « Sex & The City », H&M et Zara se déployaient à chaque coin de rue parisien. Bref : j’étais prête à sombrer dans la surconsommation, les looks jetables, à nier mon goût profond pour les choses simples et anonymes. J’ai donc déconné. Big time. J’avais beau avoir ce portefeuille comme preuve de ma capacité à faire des achats sensés, je me suis mise à acheter sans réfléchir, sans compter. J’ai sombré dans le flou, un flou qui était aussi celui de ma fin de vingtaine, où j’étais en quête d’une direction professionnelle, ballotée par des histoires d’amour qui n’en étaient pas, bref, j’achetais pour me consoler, pour me raconter que ça allait s’arranger, pour me faire croire qu’une jupe, un pantalon, un pull allaient m’aider à définir cette identité que j’avais tant de mal à cerner ou à séduire tel garçon qui se moquait éperdument de moi.

    Et c’est là que j’ai décidé de faire une thérapie. Mais, ça, c’est une autre histoire. Quoique. Si vous avez déjà consulté un psy, freudien en plus, ou regardé un jour un film de Woody Allen, vous savez que s’allonger sur le canapé a un certain coût. Et quand j’ai décidé de consulter, comme on dit, c’est sans doute la première fois que j’acceptais de consacrer un budget destiné à mon bien-être, à mon mieux-être même, à autre chose que des fringues. Révélation, révolution. Pas tout de suite suivi d’effet, malheureusement.

    Mais j’ai néanmoins commencé à m’interroger, à regarder mon armoire d’un autre œil, à rêver d’une « armoire idéale » même si à l’époque elle était plus de l’ordre du virtuel (cf. le livre publié avec Laure dans ces années-là) que du réel. Et puis, lentement, sûrement, quoique chaotiquement, les choses ont commencé à évoluer.

    Et c’est là qu’entre en scène le pardessus intemporel (circa 2009). Avec lui, c’était la première fois en près de dix ans que je décidais de m’offrir un beau vêtement, en renonçant à des dizaines d’achats inconséquents. La première fois que  j’acceptais de me dire, ok chérie, on arrête les conneries. Non pas que je les ai arrêté tout de suite. Mais avec ce manteau dans mon placard, c’était soudain comme avoir mon but sous les yeux. Non pas une armoire de luxe, ou remplie de « grands noms » (même si je l’ai cru à un moment) mais une armoire qui tienne la route, qui me rende heureuse, remplie uniquement de vêtements, d’accessoire, qui me feraient autant sourire que ce portefeuille, ce manteau, ce foulard.

    Et bizarrement – ou peut-être pas, d’ailleurs – cette prise de conscience a aussi coïncidé avec une forme de lâcher prise graduel sur la notion d’intemporel. Car mon très beau manteau de 2009, tout aussi classique et qualitatif soit-il, à force de le porter et reporter, commence à montrer des signes d’usure qui le rendront prochainement peu glorieux. Est-ce un drame, un échec ? Non, juste le cycle normal d’un placard. A l’époque de l’achat de mon foulard, lorsque j’achetais en toute sérénité, je le faisais sans rêve que les objets durent une vie. Je portais mon jean brut, mes Adidas, mes Petit Bateau, jusqu’à ce qu’ils ne soient plus présentables, puis je les remplaçais, reconnaissante d’avoir été si bien servie par ces achats. Aujourd’hui, j’ai retrouvé cet uniforme de mes vingt ans (« la boucle est bouclée », etc. ), j’ai remis en pratique le principe enseigné par mes grands-mères (investir dans un manteau et des chaussures de qualité), et je me dis qu’hormis quelques exceptions (mes bijoux portés au quotidien, ma besace en cuir), il n’y a rien de fondamentalement increvable dans mon armoire. Et que le renouvellement de ces vêtements, du moment qu’il se fait au fil de l’usure et non par caprice,  n’a rien que de très naturel.

    Jeanne-Aurore



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    Illustration : Jennifer, à découvrir via son joli Site ici ou son bel Instagram .

    Tried & true, aka testé et approuvé : c’est notre idée de rubrique pour vous raconter un peu nos classiques, ceux qui nous suivent d’année en année et que l’on (r)achète. Une petite minute d’explication : je vais blâmer (une fois de plus) Jeanne-Aurore, c’est elle qui a suggéré une liste de ces achats quintessence, pas ces basiques, non, ces valeurs sûres, testées et approuvées donc, que l’on rachète (ou que l’on rachèterait) les yeux fermés. J’ai d’abord fait une liste, comme ça, en tirets, et en la relisant, j’ai été un peu embêtée car finalement, ça revenait à une litanie de noms et de marques. D’où le besoin de fragmenter et d’expliciter. Surtout que l’idée, pour elle comme pour moi, est de consacrer nos envies et notre porte-monnaie à des vêtements qui ont du sens, qui durent car ils ne s’abiment pas (trop), ne se démodent pas (du tout) et qui expriment cette intemporalité dont on a envie, plutôt que les achats coups de tête ou les désirs éphémères dont on essaie de se défaire. Bon, trêve de bavardage, on démarre. 

    Mon t-shirt… c’est un Petit Bateau à col rond, soit noir, soit blanc, parce que ce sont mes couleurs. Je l’aime parce qu’il est tout simple, coupe droite, minimaliste, toute bête, mais qu’il fait toujours ultra classe. Plus finalement que s’il était plein de chichis ! Il faut dire aussi que comme son coton est un peu épais, il a toujours de la tenue. J’aime qu’il soit aussi joli porté casual avec un jean, qu’élégant avec un pantalon un peu soir. Et puis, il m’évoque irrésistiblement les nineties, avec une petite jupe trapèze et des tongs…  

    Et puis mon (autre) t-shirt… c’est un Majestic en lin. J’en ai un noir à col échancré et un blanc à col en V. Les deux sont hyper fins, transparents d’ailleurs, et complètement avachis (c’est normal). Ce que j’aime par rapport au Petit Bateau dont je parlais l’autre fois, c’est que le Majestic rend tout immédiatement plus cool. Un peu rock, un peu hippie, il donne juste la dose de cachet qu’il faut au reste de ma tenue. Et il faut avouer que par rapport à des marques comme Maje ou Iro, qui proposent des t-shirts de ce style à chaque collection, son rapport qualité-prix est quand même imbattable, puisque je porte et reporte (et lave !) les miens depuis deux ans…

    PS : un grand merci à notre amie Jennifer, aka The Fashion Donkey, qui illustrera la série de sa plume gracile ! 

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    C’est un peu difficile de passer après les si jolis billets de Jeanne-Aurore quant à sa nouvelle coupe de cheveux… Mais bon, moi aussi j’ai une nouvelle coupe de cheveux ;) 

    Je me souviens d’une phrase lue il y a des années dans laquelle une actrice (je crois que c’était Ellen Barkin) disait en gros que plutôt que d’aller s’acheter un énième tailleur-pantalon, mieux valait en général s’offrir la bonne coiffure. Celle qui redonne le moral, change le regard sur soi, sur sa vie, son armoire, et fait réaliser qu’effectivement, on n’a pas besoin d’un nouveau tailleur-pantalon (évidemment, la théorie fonctionne avec n’importe quel autre type de vêtement).

    J’ai toujours trouvé cette idée très juste… même si je ne l’ai que rarement appliquée. Le coiffeur, j’ai toujours tendance à penser que c’est ennuyeux, que ça prend du temps, que ça coûte cher, surtout pour un truc qui repousse, c’est donc très souvent quelque chose que j’évite, même si je me sens mal, et même si je sais pertinemment que mon mal vient de là. Je préfère aller m’acheter mon énième tailleur-pantalon ;)

    C’est vrai que le vêtement a l’avantage de durer. A tel point qu’on en oublie parfois que les choses se passent ici et maintenant, pas dans quinze ans. Moi, ça faisait des mois que quelque chose d’impalpable n’allait pas, je me trouvais globalement « moyenne », et c’est peut-être de là que sont venus mes excès d’achat d’octobre-novembre, pour essayer d’être « à la hauteur » (de quoi ? De l’idée que je voulais me faire de moi-même, j’imagine)…

    Comme je me doutais que, tel Samson privé de sa tignasse, je souffrais d’une faiblesse capillaire, je songeais au moyen de retrouver ma force. Tout couper ? L’exemple de Jeanne-Aurore me tentait. Elle est tellement sublime, tellement rayonnante, et elle a l’air tellement heureuse, avec ses cheveux courts ! J’ai vraiment été à deux doigts de le faire après avoir vu des photos de Scarlett Johansson aux Oscars– je ne suis pas la seule à qui l’actrice a donné des idées, mon amie Elise a eu la même, et on s’est promis d’aller se faire ratiboiser toutes les deux en chœur la prochaine fois que l’on se retrouverait réunies (n’est-ce pas, Elise).

    Il n’empêche que le court me fait douter un peu : 1, j’ai déjà donné (ado, ma période « Je suis James Dean dans La Fureur de vivre », puis plus tard, mon époque « Je suis Gwyneth Paltrow dans Pile et face »), et 2, il y a quand même, parmi les différents styles qui m’habitent, la hippie girl, celle qui a tellement de mal à cohabiter avec la minimaliste addict, et qui tient à ses boucles en cascade. 

    Puis l’autre jour... je me suis enfin résolue à admettre que ce qui n’allait pas, c’était tout simplement la couleur. Bête comme chou, mais bizarrement, il m’a fallu six mois pour résoudre cette espèce de blocage. Toute l’année dernière, j’étais brune, et ravie de l’être, mais en vivant sous le soleil de Los Angeles, mes cheveux ont viré au blond, et je me suis laissée faire. Alors que je savais pertinemment que ce n’était pas du tout ce dont j’ai envie à l’heure actuelle. C’était peut-être de la paresse, du « oh et puis à quoi bon », le fait que mon homme aime les blondes hitchcockiennes et pas du tout les brunes flamboyantes ;)

    Dès que je me suis vue dans le miroir du coiffeur avec mes cheveux encore mouillés, je me suis dit : mais c’est moi ! Comme de joyeuses retrouvailles. Ce que je trouve intéressant là-dedans, c’est à quel point il s’agit d’un sentiment personnel, profond, d’une évidence, quelque chose qui s’impose à soi, de manière totalement déconnectée du regard ou de l’approbation des autres. On n’a pas besoin de demander : « Tu aimes ma nouvelle couleur ? » On s’en fiche. D’ailleurs, mon homme n’est pas fan du tout. Ma plus jeune fille m’a dit : « Tu ressembles moins à Maman ». L’aînée  a hésité : « Mais… c’est quand même très foncé ». 

    Peu importe. Car dès que je croise mon reflet, ce n’est pas que je me sente plus belle, plus stylée, plus intéressante ou quoi que ce soit, c’est juste que je me sens enfin pleinement, parfaitement moi. Ce qui signifie par conséquent plus forte, et plus apaisée ; et pas du tout en quête de tailleur-pantalon. 

    Laure


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    Mes 5 sacs

    Je le dis tout de suite : Jeanne-Aurore devrait me virer de ce blog que nous avons créé ensemble, pour non-respect caractérisé des principes de L’Armoire essentielle. C’est ce que je me suis dit en réfléchissant à mes sacs à main tout à l’heure.

    J’ai sûrement décrété un jour dans un de nos livres qu’il était amplement suffisant de posséder un assez grand sac pour la journée, et un autre plus petit et plus chic pour le soir. Et hop, la vie est light, la vie est belle. Alors qu’au quotidien, j’ai (par ordre d’apparition) :

    - Celui pour accompagner les enfants à l’école C’est un cabas en tissu Cos (ceux gratuits dans lesquels ils glissent les achats à la caisse) dont j’adore le bleu Klein (Yves, pas Calvin) et qui a le mérite de peser trois grammes. Ce qui est parfait quand on se traîne déjà un cartable.

    - Celui pour aller vivre ma vie C’est un cabas énorme, celui que Kate Moss a créé il y a quelques années pour Longchamp, et il est super pratique car il a plein de poches, je peux y mettre de l’eau, un livre, des amandes, un gilet, une écharpe… Tout comme il y a des gens qui voyagent lourd, moi, je me balade lourd.

    - Celui pour passer du temps avec les enfants Là, je switche au cabas L.L. Bean en coton tout-terrain, dans lequel je peux là aussi ranger un barda improbable. 

    - Ceux pour sortir le soir Par sortir, j’entends juste aller au cinéma ou dans un resto sympa. En écrivant ce post, je réalise que ma forme de prédilection, en matière de sacs, c’est clairement le cabas, puisque même le soir, mes sacs, qui ne font pas spécialement soirée, sont des cabas, mais en version rétrécie. Je peux tout de même y fourrer pas mal de choses. 

    Voilà, donc durant une journée type, je passe de l’un à l’autre. Je sais que cela peut sembler fastidieux sur le papier, mais malgré les apparences, non, je ne suis pas atteinte du syndrome de celle qui change de sac comme de chemise, se plaint qu’elle doit toujours tout transvaser et a systématiquement oublié quelque chose ;) Car il y a une vraie logique dans les situations. Je ne cherche pas à assortir le sac à ma tenue, par exemple. Ce sont des moments de vie, déterminés à l’avance, chaque jour la même routine, il n’y a pas d’hésitation, zéro réflexion… C’est très réglé. Il n’y a que pour mes sacs du soir que c’est moins tranché : j’en ai deux, je les aime à égalité, je suis incapable d’éliminer l’un ou l’autre.

    Et puis, en méga maniaque, en acharnée de l’organisation, j’ai organisé mes petites affaires en pochettes, il y a celle de l’indispensable, que je trimballe en permanence, et celle du moins indispensable, que je ne prends qu'en journée. Pas de carte bleue ou de baume à lèvres qui traîne tout seul et que je risquerais d’oublier.

    En me relisant, je me dis que j’ai trouvé mon équilibre et que 4, que cela semble trop ou trop peu selon les unes ou les autres, c’est, personnellement, le nombre de sacs à main dont j’ai réellement besoin (même si j’en possède, donc, 5). Je serais curieuse de savoir quel est le chiffre de Jeanne-Aurore et de celles qui nous lisent… En tous les cas, je me sens rassurée par rapport au moment où j’ai entamé l’écriture de ce post : je crois que je ne vais pas (encore) être renvoyée de mon blog ;)

    Laure

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    Mes ongles "bizarres", mon kit beauté sans fond de teint


    Aujourd’hui, j’avais envie de prendre un peu le contre pied de toutes ces images que je croise sur le Web, au détour d’Instagram, de blogs, de Pinterest. Des images de manucures et maquillages parfaits, qui, par le passé avaient le don de provoquer en moi le réflexe pavlovien de l’envie d’achat et m’ont poussée maintes fois à me précipiter au rayon beauté d’un grand magasin dans l’espoir de trouver ce produit qui allait me rendre belle, et si ce n’est moi, à défaut ma peau et mes mains. Je vous épargne le suspense : les produits n’avaient pas ce pouvoir, au plus pouvaient-ils effectivement donner un aspect plus net à mon apparence, quoique j’ai fini par me demander pourquoi j’avais tant besoin de netteté. Ne me sentais-je pas « propre » telle quelle, ma peau et mes ongles à nu ? Etait-ce sale, laid, d’exposer son épiderme sans aucune amélioration cosmétique ?

    Je n’ai pas une peau horrible. Ni une peau à problèmes. Elle est juste moyenne, normale. Bref, elle est dotée de ce qui, en cette « ère Photoshop »,  sont désormais considérées comme des anomalies, des « imperfections » : des pores, des rougeurs qui trahissent mes émotions et ma tendance au stress, des cernes résultant du réveil de mon fils en pleine forme à 6h30 du matin (« Maaaamaaan, je n’ai plus envie de dormir !!! »), des débuts de rides (40 ans, ready or not, here I come)… C’est comme ça, c’est moi, c’est ma tête, ma tronche, ma gueule, ma pomme. Il est trop tard pour en changer (cf. les 40 ans approchant : trop tard pour devenir une autre). Il faut faire avec, et peut-être même faire mieux que faire avec, juste accepter et aimer cette tête. Sauf que depuis des années j’ai du mal avec cette tête. Et que j’étais la gogo idéale pour tout nouveau produit de teint lancé sur le marché.

    J’ai tout testé. BB et CC creams. Fond de teint poudre / crème / baume / fluide. Rien n’y faisait. Ma tête était toujours là, peut-être un peu plus unifiée, normalisée, mais quand même toujours bien là, avec tous ces trucs que je n’aime pas, tous ces trucs que je trouve étranges, mal foutus.

    Et je ne vous parle pas de mes ongles. Depuis l’adolescence, une source d’inconfort. J’ai des ongles « bizarres ». Ils sont très très très blancs, sans qu’aucun médecin ou dermato n’en ai jamais trouvé la cause (hypothèse plus probable : la lunule, ce demi-cercle blanc qui sur un ongle « normal » se circonscrit à la base de l’ongle constituerait, chez moi, la totalité de l’ongle). Ils sont aussi fragiles, poreux, se couvrant aisément de stries si je les laisse trop longtemps dans l’eau, s’ils subissent des chocs. Tout ceci faisant de moi la candidate idéale aux vernis anti-casse, aux soins durcisseurs, aux vernis « nude » qui viendraient masquer la blancheur maudite de mes ongles.

    En septembre, quand j’ai coupé mes cheveux, en plus de mes longueurs, je me suis aussi délesté d’autres choses : de tout mon kit pour ongles et de mes fonds de teint. Ce n’était pas un acte militant genre « fuck the system, no makeup révolution ». Ce n’était pas une accusation contre celles qui aiment s’amuser avec les cosmétiques (c’est couillon, mais qu’est-ce que ça peut être beau un beau rouge laque sur les ongles de pieds, ou un teint joliment travaillé – ça, je ne peux pas le renier et je continue à l’admirer sur les autres et il me semble même capital, surtout en ce moment, de défendre le droit de chaque femme à se maquiller, à se farder, s’amuser et s’approprier son apparence, en tout cas d’avoir ce choix-là de faire ce qu’elle veut avec elle-même). Non, ce n’était pas tout ça, c’était juste une sensation d’être arrivée au bout d’un chemin et d’avoir envie d’entamer autre chose. Un rapport plus simple et serein à mon apparence. Qui n’exclurait aucune possibilité (pas même celle de tester à  l’occasion cette cushion cream Lancôme vue partout et qui m’intrigue).

    Mais pour le moment, et depuis six mois, je ne mets plus de vernis ni de fond de teint. Je continue à porter du maquillage, quand cela me prend (le plus souvent, il s’agit juste d’un peu de gel pour les sourcils, de concealer rms sous les yeux et d’un peu de blush crème). Pour les ongles, je les soigne quotidiennement (limage, huile +  crème  à gogo) et je m’offre aussi un soin en institut (sans pose de vernis) dès que je sens que je développe des mains et pieds de Gruffalo. J’apprends  à apprivoiser ma peau, mes ongles, à ne plus voir leurs caractéristiques comme des imperfections mais juste comme ce qui est, ni plus ni moins. Bizarrement, j’ai désormais l’impression de prendre soin d’eux mieux que lorsque que je les bombardait de produits…


    Jeanne-Aurore



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    Source

    Quand j’étais plus jeune, que je voyais Kate Moss, Gwyneth Paltrow ou tous ces autres people que j’aimais posséder des maisons aux quatre coins du monde, et du coup, afficher une garde-robe totalement différente selon qu’elles étaient à Londres, à Los Angeles, à New York ou ailleurs, cela me paraissait le pur fantasme. Deux maisons, c’est deux fois plus de vêtements ! Et quand tu es dans l’une, tu t’habilles selon un certain style, puis quand tu passes à l’autre, tu deviens totalement autre chose ! La classe impériale, quand tu as vingt ans ;)

    Aujourd’hui, j’ai quelques années de plus, et le brin de sagesse qui va avec, puis surtout, j’ai enfin deux maisons : l’une en France (même si elle est louée par d’autres, j’y ai gardé un placard entier de vêtements), l’autre en Californie. Ce que j’en pense, maintenant que j’en fais réellement l’expérience ?

    J’ai déjà parlé en long, en large et en travers de ce truc chouette, c’est que la deuxième maison, celle vers laquelle on va, dans laquelle on est plutôt en transit, est l’occasion de tester enfin ce vieux rêve, la capsule wardrobe. C’est-à-dire de se choisir une poignée de vêtements qu’on adore, mais sans avoir à se débarrasser des autres, puisqu’on les laisse dans la première, et qu’on sait qu’on les retrouvera au retour. L’éternel brainstorming de trier, d’éliminer, d’écrémer se fait moins impératif. La question des doublons taraude moins : l’autre jour, lorsque j’ai parlé des sacs à main que je possédais, je me suis focalisée sur ceux que j’ai à disposition en ce moment, à Los Angeles, mais à vrai dire… j’ai exactement les mêmes (ou presque) à Paris, ce qui me posera bien problème lorsque je rentrerai, et que tout cela me semblera trop, vraiment trop. En attendant, loin des yeux, loin du cœur, et loin du cerveau qui dicte que tout cela n’est franchement pas raisonnable.

    Mais il y a une chose plus nouvelle qui m’a frappée, lorsque je suis rentrée dans mon appartement parisien pour Noël. C’est que l’on se retrouve face à des vêtements que l’on n’a pas eu sous le nez depuis longtemps, qui devraient donc avoir l’excitation du neuf, procurer cette fameuse satisfaction du « shop your wardrobe » (shopper dans sa garde-robe), sauf qu’en réalité, ils semblent parfois un petit peu dépassés. Pas en termes de tendances. En termes d’évolution personnelle. Parce qu’on ne rentre pas, après plusieurs mois d’exil, exactement comme on l’était au moment où on est partie. D’ailleurs, voyage ou pas, c’est tout de même le principe de la vie, non, que d’évoluer, d’avancer, se transformer ? C’est aussi pour ça je trouve qu’il est si difficile de se fixer sur une garde-robe parfaitement durable, tant ce côté figé dans le marbre va à l’encontre du flux de l’existence et de l’expérience.

    Exemple concret : décembre dernier, après des mois du soleil de Los Angeles, me voici qui retrouve la grisaille parisienne. J’adore ça, ça me va ;) Mais me voici aussi qui retrouve dans mon armoire toute ma panoplie de l’hiver précédent : mes jupes au-dessus du genou ; mes jeans ultra slims ; mes pulls ajustés ; mes bottines à petit talon ; mes Creepers. Une silhouette intemporelle, qui me correspond, me correspondra toujours… sauf que je la porte chaque année avec un petit twist, celui qui a distingué l’hiver 2012 de l’hiver 2013, et qui aurait encore dû distinguer l’hiver 2014. 

    D’ailleurs… je ne sais pas trop ce qu’il aurait été, ce twist, si j’étais restée, je sais simplement que là, en bonne Californienne d’adoption, j’avais plutôt envie d’un long jupon par-dessus mon collant opaque, d’un pull confortable, de mes Vans. De quelque chose qui ne m’aurait pas cantonnée à pile-poil cette allure que j’avais adoré porter il y a un an, qui n’aurait pas non plus été son contraire, mais qui en aurait été le prolongement. Le prolongement actualisé

    Du coup, je note pour mon prochain retour de bien rapporter les trois-quatre pièces qui viendront se mêler aux anciennes et me permettre de poser sur elles un nouveau regard. En fait, c’est comme quand j’update le disque dur de mon ordi et que je le retrouve un peu transformé, mais pas non plus chamboulé : il s’agit juste de passer de Laure 20.14 à Laure 20.15 ;)

    Laure

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    Je crois que nous n'avons jamais parlé de parfum sur le blog et je suis heureuse d'inaugurer le sujet avec ce dessin de Jennifer qui, rien qu'à le regarder, me met en joie. Comme ce parfum quand je le mets le matin. 

    Durant des années, j'avais arrêté d'en porter. Une réaction, je crois, face au trop plein de l'offre (marrant que j'arrive à cette sensation avec les senteurs avant même mon cheminement dans ce sens concernant les vêtements ou la cosmétique, et aujourd'hui la culture). Une réaction aussi je crois à mon propre parcours d'acheteuse de parfums qui avait cédé à tous les nouvelles fragrances du moment : la fille qui a acheté Loulou, Trésor, CK One, Eternity and Co. pour être raccord avec l'époque, c'est moi ! 

    Et puis, en même temps que je coupais mes cheveux - décidément un sacré déclencheur - est revenue l'envie du parfum et d'un parfum particulier que je portais il y a dix-quinze ans. Un parfum signature que j'avais abandonné, comme beaucoup de choses, parce que n'ayant pas tout à fait le cran d'assumer mon goût. Mais qui désormais, dans ma quête de quintessence, s'est imposé à moi. Ce parfum, je l'aime sur moi. Ce qui peut sembler une évidence, mais en fait non : il m'est arrivé de porter des parfums parce que j'en aimais l'odeur dans l'absolu, pas nécessairement le rendu ou la cohérence sur moi. Quand il se diffuse au fil de la journée, il prend des accents de savon frais, une odeur d'enfance et de propre que je trouve rassurante. Et puis, son flacon ambré, simple, carré, posé sur le rebord du lavabo est devenu un moment sympathique qui transforme la routine pressée du matin en quelque chose de plus reposant.

    Jeanne-Aurore

    Illustration : Jennifer Hoyden




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    Il y a un site que j’aime bien aller voir quand je veux me faire du mal (je n’ai pas encore la sagesse de moine bouddhiste de Jeanne-Aurore) : c’est The Shape of the Season. Y est présentée de manière très « éditée », très claire et très ordonnée une sélection censée correspondre aux canons de la saison, et qui exprime surtout une certaine image du minimalisme et du bon goût. En fait, chaque photo donne envie d’aller enfiler illico une jupe portefeuille ou un sweater gris en cachemire ;) La réussite, je trouve, c’est d’y mêler le très cher mais très pointu au moins cher mais quand même pointu (& Other Stories, ou même simplement des pièces Zara qui font réellement créateur), et puis de mixer pêle-mêle vêtements, sacs, chaussures, bijoux, produits de beauté et objets design : c’est-à-dire de présenter tout un univers désirable et inspirant. 

    A chaque fois que je vais y fourrer mon nez, je me lamente sur ma garde-robe. Au moins le temps de refermer mon ordi, de relativiser et de me dire : mais attends, tout ce que je viens de voir, dedans, il y a plein de choses qui ne m’iraient pas, dont je n’ai ni envie ni besoin, et puis ce qui me plaît, je l’ai sûrement déjà, peut-être même en triple exemplaire. Seulement voilà, en petites cases, bien shooté, sur un mannequin immobile, ou parfaitement à plat, ça a plus de cachet.

    Longtemps, mon fantasme a été que ma garde-robe ressemble à une boutique : des pièces triées, cohérentes, joliment suspendues sur un cintre, un esprit saison, collection… Ce qui restait finalement accessible. Mais je pense que la présentation Internet a installé un nouveau fantasme, bon, surtout pour l’obsédée de l’ordre que je suis : celui de la garde-robe en vignettes parfaites et parfaitement alignées. Parce que quand je songe à mon armoire, ce n’est pas qu’il y manque quoi que ce soit, mais c’est qu’elle est « vivante », les cintres n’y sont pas au millimètre, il y a forcément des trucs un peu froissés… C’est la présentation idéalisée du Net qui donne des complexes, pas réellement les vêtements en eux-mêmes.

    D’ailleurs, il m’est arrivé moi aussi de créer mes propres petites vignettes, shootées bien à plat, ou sur un Stockman, dans le but de revendre certaines de mes pièces sur Internet. Et à chaque fois, j’ai eu un petit moment d’hésitation durant lequel j’ai songé : eh, mais c’est pas mal ça, pourquoi je m’en débarrasse ? (Parce que je ne le mets jamais. Parce que je ne porte plus aussi court ou aussi étriqué. Parce que la couleur ne me va pas…) (PS : la photo correspond d’ailleurs à mes propres affaires, mises en vente sur le site américain Threadflip : on leur envoie directement les vêtements, et eux se chargent de les prendre en photo, de rédiger les descriptions et de les envoyer pour nous…) 

    Je sais que des applis permettent ça : photographier sa garde-robe et ensuite voir les pièces présentées une par une, comme un beau catalogue digital. Mais me lancer là-dedans me fatigue d’avance. Et puis, ça n’enlèvera rien au fait que, après la satisfaction du virtuel, il faudra, tout de même, composer avec l’imperfection de la réalité (en clair, cela n’enlèvera rien au fait qu’il faut surtout que je vise la sagesse de moine bouddhiste de ma copine ;)).

    Laure 

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  • 04/22/15--05:15: Valise
  • C'est moi où cette tenue de Kate Moss n'a pas pris une ride ?
    source


    Dans quelques jours, je pars pour Los Angeles et des retrouvailles avec Laure attendues de longue date (= JOIE). Dans quelques jours je vais donc devoir préparer ma valise, une activité que, jusqu’à une date très récente, j’associais à une forme de cataclysme, la « Zombie Apocalypse » de ma garde-robe. Il faut dire que, contrairement à Laure mon amie globe-trotteuse décontractée du passeport, je suis une grande casanière, qui associe les gares et aéroports à une certaine idée de l’enfer sur terre. Et puis, pendant très longtemps, j’avais cette idée qu’une valise se prépare comme une campagne de guerre. Qu’il fallait établir une stratégie de silhouettes, planifier des tenues, donner un thème. J’étais aussi toujours très (trop) soucieuse d’être raccord avec ma destination, son état d’esprit, son esthétique. Et je ne vous parle pas des achats de dernière minute, faits en panique, parce que soudain je me persuadais que je n’avais pas les bonnes baskets pour aller passer trois jours en Bretagne.

    Cette fois-ci, à la veille de mon départ, mon état d’esprit est assez différent et pourrait se résumer, franchement grossièrement, à cette simple philosophie : « Merde à tout ça ». Cette nouvelle nonchalance, malheureusement, ne témoigne en rien du fait que je serais devenue une voyageuse à la cool (I wish). Non. C’est juste que j’ai accepté que ma garde-robe, post projet armoire 2.0., post tri Kondo, est ce qu’elle est. Mini, plutôt monotone, et que donc mon armoire, eh bien, ce sera ma valise. Dans la mesure où, désormais, l’intégralité de ma garde-robe pourrait tenir plus ou moins dans une valise. Pour la première fois, je m’apprête donc à préparer mes affaires sans autre grand questionnement métaphysique que celui de savoir si tout sera propre et prêt à partir. Et je me dis que ce sera à la ville de s’adapter à moi et non l’inverse. Et que dans le cas d’une valise vraiment ratée, il est toujours possible de faire un ou deux achats sur place pour rectifier le tir, qui constitueront en plus de bons souvenirs…

    Jeanne-Aurore



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  • 04/23/15--22:00: Essentiels : tennis


  • Avec l'arrivée du printemps, du changement de temps, la lassitude de tous ces mois coincée avec les mêmes basiques, je sais que tout est réuni pour perdre la tête et claquer du blé. Mais, bizarrement, cette année, je n'ai  même pas eu à m'imposer de restriction, de diète d'achat comme j'avais pu le faire l'année dernière. "Moins on achète, moins on achète" - encore une fois ce commentaire d'une de nos lectrices fait ses preuves. J'ai tourné autour du pot de ces tennis des semaines, des mois durant. Auparavant, ce temps de décision m'aurait paru intolérable. Aujourd'hui, c'est devenu une habitude. Je n'achète tout simplement plus jamais sur un coup de tête. 

    With spring in the air, I should be geared up to want to spend, spend, spend on new things. But I took my time to decide to buy those new tennis shoes, and get a few new tees to replace my crummy ones.

    Jeanne-Aurore






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  • 04/23/15--22:00: Scrub




  • En règle générale, je suis allergique, au sens propre comme et figuré, aux mixtures cosmétiques faites maison. Do It Yourself ? Merci mais non merci, je préfère m'abstenir. J'aime mes crèmes en tube hermétique, sans parfum et si possible sans avocat écrasé. La simple idée de m'enduire de guacamole, de yaourt ou de miel me donne des boutons. Et c'est un peu contreproductif. Une seule exception : le gommage pour le corps. Là, c'est la pragmatique en moi qui s'exprime : je n'ai tout simplement pas trouvé mieux que ce globiboulga infect (surtout ne pas avaler) pour avoir la peau douce. Ma recette : grosso modo deux grosses cuillères à soupe de sucre (brun, blanc, cassonade, selon ce que j'ai sous la main) que j'imbibe d'huile d'olive jusqu'à former une pâte. Puis direction la douche où je scrube, scrube, scrube des pieds à la tête, en insistant sur les ongles, talons, coudes, genoux, pour éradiquer les peaux mortes. Je finis par un massage du cuir chevelu avec mes mains huilées. Rinçage à l'eau bien chaude et shampoing.

    Je sais déjà ce que vous allez demander : ai-je l'odeur et l'aspect d'une tomate mozza après m'être ainsi tartinée à l'olive ? Que nenni. L'eau de la douche élimine l'excédent d'huile et ce qui pourrait rester est absorbé par une serviette de bain bien moelleuse. Et personne dans mon entourage n'a eu l'air incommodé par de quelconques effluves huileuses. Quant aux cheveux, l'huile fonctionne comme un pré-soin traitant, son excédent part avec le shampoing et laisse juste les cheveux doux. Précision, et de taille : cette recette fonctionne pour moi, elle pourrait fort bien ne pas vous convenir ou ne pas vous ravir autant.

    Though I usually abhor the idea of DIY cosmetics (the mere notion of slathering myself with yogurt or avocado gives me pimple, which is highly counterproductive), there is one exception: my homemade body scrub, aka the weird muck I make from mixing two big soup spoons of sugar with however much olive oil it takes to turn it into a paste that I then scrub, scrub, scrub from head to toe before showering it off and witnessing wonderfully soft skin. Note of caution: it works for me, but may not be to your taste or work for you. And given my own reticence about homemade weirdo preparations, I'm telling you: feel free to disregard completely my weird recipe.


    Jeanne-Aurore






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  • 05/27/15--02:26: Matériel / Immatériel



  • Au fil de ses dernières années, je me suis délestée de nombre de mes possessions, sans en ressentir de regrets, la plupart du temps. Moi la grande accumulatrice de livres, j’ai ainsi réduit ma collection à une dizaine d’ouvrages « îles désertes » dont l’absence sur mes étagères me manquerait cruellement (les albums désopilants de Jean-Philippe Delhomme qui me rappelleront toujours le bonheur de lire ses « Polaroïds de jeunes filles » dans feu le Glamour des années 90, ou encore « Fashion Movies », le livre de Laure qui présida à notre rencontre, ou mes éditions Pléiade de Jane Austen que je compte emporter dans la tombe). Je me suis délestée aussi de la plupart de mes DVD : comme avec mon tri de livres, je suis arrivée à la conclusion que certains objets de culte et de culture, que je croyais indispensables à ma vie, étaient désormais moins réellement nécessaires à mon bien-être que représentatifs de goûts anciens, de périodes passées, auxquelles je continuais à me cramponner. Tel film de Gus Van Sant adoré passionnément il y a quinze ans soudain ne me faisait plus d’effet (voire me barbait infiniment). Tel coffret de série « indispensable » apparaissait soudain m’être… tout à fait dispensable, voire carrément inutile. La vie change, les goûts évoluent, faire ces tris m’a aussi permis de l’apprendre, de me dire qu’évoluer n’est pas se renier, juste accepter que l’on n’est plus la même personne qu’à la fac. Comme le dit ma mère « Il n’y a que les moules qui adhèrent ». C’est bien, parfois, de savoir quitter son rocher.

    Il y a cinq ans, quand j’ai déménagé pour m’installer avec mon amoureux devenu depuis mari, j’en ai profité pour faire un grand ménage dans ma collection de musique. Exit tous les Cds accumulés, je décidais de ne garder que la crème de la crème, mon best of musical des albums qui avaient comptés. Puis, y a trois ans, nous déménagions à nouveau et cette fois-ci, j’ai décidé de ne plus garder de trace « matérielle » de ma musique. J’étais en pleine frénésie Dominique Loreau, light soyons light, et je me disais que ce serait la belle vie de transférer mes Cds sur mon ordi et d’en profiter ainsi, de manière nomade, libre, sans m’encombrer de boîtiers et autres livrets de paroles. Sauf que. Contrairement aux livres, ou aux DVDs (et n’oublions les vêtements, hein !), j’ai regretté amèrement cette décision.

    Car une fois ma musique dématérialisée… j’ai tout simplement arrêté d’en écouter. Il faut dire que j’appartiens à une génération qui a grandi avec une musique bien matérielle. Avec des cassettes, des 33 et 45 tours, et même des tubes enregistrés à la radio sur cassette (vous faisiez ça, vous aussi, d’attendre que votre morceau préféré passe sur les ondes pour la capturer sur votre magnétophone ?). Et puis des Cds, dont on compulsais frénétiquement leur livret et leurs légendes, les paroles, les remerciements, en prenant le temps, vraiment, de se poser pour écouter l’album, sans rien faire d’autre.

    Alors, en ce moment, je suis en train de faire un truc un peu maboule. Bon, déjà, j’ai offert à notre maison une chaîne qui lit les Cds (mais aussi la musique de mon téléphone et de mon ordi parce que soyons un minimum de notre époque). Et surtout, je rachète petit à petit des Cds, mes Cds favoris. Il se trouve que se trouve près de chez moi une boutique où les albums d’occasion coûtent 4 euros et que c’est très agréable d’y traîner. C’est un processus amusant, qui au fond ressemble un peu à ce que je fais avec mon armoire depuis que je l’ai radicalement vidée et que j’y réinjecte, petit à petit et avec réflexion, uniquement ce qui constitue, pour moi, des « best ». Je ne rachète donc pas n’importe quoi mais uniquement, et seulement, ces albums que je connais par cœur, et surtout qui ont toujours encore un sens pour moi aujourd’hui (l’idée n’est pas de céder à la nostalgie). Le suave « Urban Hang Suit » de Maxwell. L’immense « So » de Peter Gabriel. Le « Listen Without Prejudice » de George Michael. (Au cas où vous en doutiez, oui mes goûts musicaux sont bloqués quelque part en 1996). 

    Cela peut sembler idiot. Ces albums sont pour la plupart déjà présents sur mon ordinateur et de ce fait écoutables sur ma nouvelle chaîne. Mais je me suis rendu compte que j’avais besoin du rituel du Cd qui entre dans le lecteur. Du canapé dans lequel on s’assied pour écouter, avec toute son attention, les morceaux. En chantant, si possible, très fort, très faux et très longtemps. Sur ma liste actuelle de Cds à me procurer de nouveau : « Tidal » de Fiona Apple (mon album de tous les albums et celui qui me manque le plus en format matériel), « Parklife » de Blur et quelques autres…

    Jeanne-Aurore



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  • 05/28/15--12:56: Hello from L.A

  • Fresque murale souriante / slogan twisté sur un mur / minirobe + chien, un combo typiquement L.A / 
    Gaspard Ulliel en Saint Laurent / Shooting de maillots de bain sur Sunset Boulevard / Faye Dunaway en Bonnie Parker / 
    Inspiration Orange mécaniqueà la Taschen Gallery / Grace Kelly graffitée / Mes Ancient Greek Sandals !

    PS : Promis, je me remets très vite à l'écriture d'un "vrai" post ;)

    Laure


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    Helena Christensen par Peter Lindbergh pour Harper's Bazaar US Mars 1993
    Source


    Laure à Jeanne-Aurore : Jeanne-Aurore, I need you. J’ai besoin que tu m’aides à faire le point, car malgré la lecture de tous tes posts, qui m’aident et qui m’éclairent, je reste malgré tout dans le flou… Je t’explique : j’aimerais bien trier encore un peu mon armoire pour peut-être me débarrasser de choses qui m’embêtent, des trucs que je ne mets pas, ou que je me force à mettre… Mais j’ai un problème, c’est que quand je les essaie, ces choses que je ne mets pas (ou pas volontiers), elles me vont, ce n’est pas comme si elles étaient moches, absurdes, ridicules, qu’elles ne me correspondaient pas du tout… Elles sont bien, objectivement bien. Mais… elles sont bien en « au cas où toute mon armoire prend feu sauf ça », en « ah, ça peut être sympa pour une soirée (une seule) », ou en « rentré dans le pantalon, ou avec une ceinture, bref, en étant créative, c’est très cool ». Et je suis partagée car d’un côté, j’ai envie que ma garde-robe soit simple, totalement anti-brainstorming, que je puisse y attraper n'importe quoi en toute quiétude, mais de l’autre, je me lasse assez vite de toujours les mêmes pièces, la même manière de porter, j’aime bien expérimenter, me faire des nouvelles silhouettes… Je suis aussi embêtée, car ces fringues que je veux donner, si ça se trouve, si je les croisais demain dans un magasin, je les achèterais : donc ça semble idiot de s’en débarrasser… C’est idiot, mais en même temps, elles m’exaspèrent. Rah la la. Que faire ? Garder ? Jeter ? Donc, chère Jeanne-Aurore : je t’ai exposé mon problème, sauras-tu démêler le fil de tous ces « oui mais » et « sauf que » et autres contradictions ?


    Jeanne-Aurore à Laure : Tout d’abord, te rassurer. Ton problème n’en est pas un. Il est simplement le reflet de  cette femme formidable que tu es. Une femme qui s’installe à L.A. pour s’y faire des marathons de DVD de Claude Sautet. Une femme qui déjeune d’un grain de quinoa puis commande deux desserts parce tout à l’air trop bon. Une femme qui cite sans ciller et avec la même connaissance Fassbinder et "Legally Blonde" dans la même phrase. Bref, tu  n’est ni monocorde, ni monomaniaque (contrairement à l’auteur de cette réponse), ni monocolore, mais un joli bazar d’envies parfois contradictoires. Et ça c’est cool et c’est pour ça que je, que l’on t’aime.

    Alors en somme, ce dilemme qui te tiraille, il est toi, et par conséquent il est à chérir. D’autant mieux qu’il exprime tes deux « toi », dont je me demande s’ils sont vraiment dissociables l’un de l’autre. D’une part le toi cérébral, Fassbidenrien, qui se rêve Sofia Coppola en mode minimal, vivant d’air Californien et de quelques basiques indémodable. Et de l’autre, le toi instinctif, fan du Elvis flamboyant période Vegas et des teen comedies acides, qui a crapahuté d’Inde en Afrique, a eu le courage de te délocaliser dans une ville inconnue avec mari et enfants, et a envie de se tirer une balle dès que les choses ronronnent un peu trop.


    Privilégier l’une de ces facettes au profit de l’autre serait-il une bonne idée ? En es-tu incapable justement parce que ce serait renoncer à une part de toi sans laquelle, tu ne serais pas toi ? Saurais-tu, toi qui aimes tant « brainstormer », analyser, disséquer tout ce qui te passes entre les mains, les yeux, les oreilles, te contenter « d’anti-brainstorming » ? Saurais-tu ronronner avec les mêmes pièces chaque jour quand je te sais toujours en quête de nouveauté, toujours à l’affût d’un nouveau coin du monde à découvrir, d’un film à voir ? Ton appétit de tout, il se reflète dans cette garde-robe que tu n’as peut-être au fond pas tant envie que ça de mettre à la diète, pas tant envie que ça de canaliser et cantonner à un territoire stylistique donné. Car ce serait te mettre au quinoa à vie… et renoncer aux deux desserts qui suivent.


    Mais trêve d’analogie culinaire bancale. Revenons-en à ces fameux vêtements qui te posent problèmes. Et si tu essayais de les aborder différemment ? De ce que tu dis, c’est ton « toi » cérébral qui jusque-là s’est manifesté quand il s’est agi de leur faire face. Un toi analytique, logique. Normal qu’en guise de réponse tu te sois retrouvé avec des points d’interrogation, des « au cas où »,  des justifications longues comme le bras. Mais, et si tu essayais de leur faire face avec ton toi baroudeur, impulsif, ton toi Elvis à Vegas ? En prenant chaque vêtement et te demandant s’il te donne le frisson, s’il te transporte ailleurs, s’il te fait vibrer comme un bon morceau de Dylan ou Lou Reed ? (Bref, en faisant la version rock du tri à la Marie Kondo). Peut-être qu’en laissant s’exprimer à plein cette facette de toi que tu  n’as cesse de vouloir canaliser, en ouvrant en grand les vannes, tu trouveras-là des réponses plus immédiates, limpides et lisibles. Des réponses qui proviennent des tripes, non du cerveau.


    Et puis, peut-être, une dernière question à méditer : est-il possible que ces tiraillements vestimentaires soient à l’image de ton armoire même, dont une partie demeure à Paris tandis que tu en as pris une partie de toi à L.A. ? Avec un pied sur chaque continent, possible que ta garde-robe hésite entre les humeurs, les climats, le « toi » qu’elle doit refléter, tout simplement parce que toi-même tu vis cet entre-deux géographique, un entre-deux qui te nourrit aussi.




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    Ma robe neuve et adorée (à gauche) vs. quelques trouvailles d'occase...


    Dialogue entre Jeanne-Aurore, lorsqu’elle est venue me voir à Los Angeles, et moi.

    Moi : « Ah tiens, j’ai acheté ça, ça et ça chez Crossroads Trading Co, mon dépôt-vente XXL à prix XXS.

    Jeanne-Aurore : C’est génial, tu devrais en parler sur le blog.

    Moi : Je l’ai déjà fait 250.000 fois.

    Jeanne-Aurore : Non, jamais sous cet angle. Tu devrais en parler en disant… par exemple… pourquoi c’est bien d’être radin ! »

    ??! Ok, j’aurais préféré que ma copine vante mon « art du dépôt-vente », m’enfin, je veux bien accepter ce « c’est bien d’être radin ».


    Autre conversation, carrément dans le dépôt-vente en question, entre une vendeuse qui s’amusait de me voir chargée de cintres, et moi.

    La vendeuse : « Does your family know ?

    Moi : Hein, euh… what ?

    La vendeuse : About your shopping addiction ! »

    Gloups…


    Voilà voilà, je navigue en ce moment entre ces deux regards. D’un côté, celui bienveillant d’une amie qui ne me veut que du bien et voit du sens dans mes trouvailles vestimentaires. De l’autre, celui d’une vendeuse qui ne pensait absolument pas à mal, mais dont la petite blague a visé étonnamment juste puisque, pour tout vous dire, c’était la cinquième fois en trois semaines que je passais chez Crossroads Trading Co (ils ont plusieurs adresses, donc dès que je me trouve à proximité de l’une d’elles…).


    Shopper radin a effectivement d’énormes avantages. Financiers, évidemment. Il y a l’excitation de la perle à dégoter. Le plaisir de fouiller, chercher, dénicher. Ensuite, comme il y a zéro pression des vendeuses dans ces grands dépôts-ventes, et que c’est vraiment très très très très peu cher, on ose essayer plus et on ose acheter plus, donc on devient la fille qui a le chouette pull à rayures et bandes fluo roses ;) Il y a plein de stock, plein plein de marques, donc on attrape forcément des pépites.

    Mais en réalité, l’addiction qui en résulte est exactement la même que l’addiction à la fast-fashion dont on croyait (dont je croyais !) être largement revenu(e). Le turn-over et la peur de louper quelque chose poussent à revenir plus souvent qu’on ne le devrait. La jubilation des prix bas pousse à être moins regardant. Et on sait bien que tester de nouveaux styles relève en général de la fausse bonne idée : c’est même comme ça que l’on devient la fille qui, finalement, ne sait pas trop quoi faire de son chouette pull à rayures et bandes fluo roses ;) 

    C’est pour ça que j’ai dérogé à ma règle de ne plus m’habiller qu’en dépôt-vente, et que suis allée acheter un truc neuf. Là, c’était chez Mohawk, boutique géniale mais chère de Silver Lake. J’y étais passée en compagnie de Jeanne-Aurore et j’avais flashé sur une robe, mais Jeanne-Aurore est quelqu’un de tellement, tellement réfléchi, que l’on n’ose pas trop faire de shopping avec elle : on a trop peur de passer pour une cruche impulsive ;) Cette robe, je n’ai pas cessé d’y penser ensuite, je suis allée la regarder sur Internet, tout ça. Mais je préférais m’en tenir à ma politique de la radine. Quelque temps plus tard, je suis retournée chez Mohawk, cette fois avec ma copine Louise qui, elle, est tout l’inverse de Jeanne-Aurore : une fille qui aime autant que moi Crossroads Trading Co, les bonnes affaires et le shopping en général. Et qui m’a dit : oh mais c’est trop toi, et puis, elle n’est pas si chère. Bref, j’ai acheté la robe, et j’ai eu le sentiment de l’achat parfait, celui qui se suffit à lui-même, celui qui peut vous remplir tout un mois. Je me suis dit que Crossroads Trading Co, c’était bien, mais pas vraiment pour l’essentiel.


    J’ai conscience que mon discours est un peu embrouillé, car il s’y mêle donc plusieurs choses :

    - la satisfaction d’avoir ajouté à ma silhouette des pièces d’occase tout simplement formidables, pour lesquelles la bonne affaire n’était finalement que la cerise sur le gâteau…

    - l’évidence de cette robe que j’ai payée plus cher, mais sans que cela me dérange, tant elle correspond à ce dont j’avais envie profondément…

    - et puis malgré tout, pas forcément des erreurs d’achat, mais des choses peu utiles, ou pas assez faites pour moi, achetées un peu comme ça, en passant. Certaines d’ailleurs que j’ai données à revendre quelques semaines plus tard, accentuant encore ce cercle bizarre, et qui ne m’amuse plus tant que ça à la longue, du « j’achète et - cool - ça ne me coûte presque rien ». Moi qui depuis des années m’applique à faire baisser le nombre de pièces qui entrent dans mon armoire « essentielle » (ah ah ah), voilà que je viens de faire exploser mon quota en quelques mois. 

    L’attrait de la bonne affaire, l’Homme le sait depuis l’invention des soldes, c’est la porte ouverte aux excès. Le meilleur moyen de perdre la tête et de dévier de la ligne claire que l’on avait pu se fixer. Bref, me voici radine ET shopping addict. Légèrement enquiquinant ;)

    Laure

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    Je parlais l’autre jour de mon dépôt-vente et des mille et une trouvailles (ce qui, nous sommes d’accord, est 999 de trop !) que j’y achète… Il faut tout de même avouer que rien ne remplacera jamais le plaisir d’entrer juste pour voir et de tomber sur des sandales lorsque justement, je cherchais des sandales, neuves, dans des marques désirables, des couleurs auxquelles je n’aurais pas forcément pensé, mais tops, à moins de 30 dollars pièce, et pile-poil dans ma taille ! C’est aussi pour ces petits shoots de satisfaction que je raffole des dépôts-ventes ;)

    Laure

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  • 06/10/15--01:31: Le cas de l'été


  • Je ne sais pas comment m'habiller l'été. Comment un tel problème n'était-il pas à l'ordre du récent G7, cela me dépasse. J'aurais aimé avoir le point de vue de Barack Obama sur le sujet. Qui rappelons-le a fait le choix de ne s'habiller qu'en costard marine ou noir pour s'éviter les choix cornéliens. Sauf je doute que le costard noir soit la solution à mon incapacité à savoir ce que je peux bien mettre une fois les beaux jours arrivés. Laure possède ce talent estival et voilà des années que j'admire sa capacité à être cool dans son armada de robes et jupes. Lors de ma récente visite à L.A., tandis que je cuisais dans mes jeans, je lui enviais ses jupons où il devait faire bien frais.

    Sauf que les jupes, les jupons, les robes, c'est un univers un peu lointain pour moi. J'ai fait le calcul : je dois passer environ dix mois sur douze (à peu près la durée de l'hiver, m'a-t-il semblé, cette année) dans mon trio-qui-a-fait-ses-preuves : pull / jean / boots-ou-baskets. Sortie de là, je suis paumée. J'aime l'idée de la robe pour son aspect pratique tout en un. Sauf que je ne trouve jamais de modèle qui soit suffisamment sobre pour être l'équivalent "robe-esque" du duo jean/t-shirt cher à mon coeur. La jupe me pose un même problème. Récemment, néanmoins, j'ai trouvé et acheté un modèle très simple de jupe crayon stretch noire, sobre, assez nineties (oh la surprise) dont j'ai fait le pari qu'elle pourrait être mon jean de l'été, le vêtement que j'attrape sans y penser le matin. Pour le moment, la jupe est surtout restée sur son cintre, mais il faut dire qu'il a fait frais ces derniers jours et que, personnellement, je n'ai pas quitté mon col roulé (un choix qui a poussé mon ami Franck a me demander si je comptais reformer le Velvet Underground, ce que je prends pour un compliment). Mon 501 trouvé l'année dernière est plutôt un bon ami pour l'été avec son allure ample et avachie, et passe plutôt bien le test des +30° en étant porté avec des sandales et un t-shirt en lin fin. J'ai aussi trouvé un short Gap kaki très chouette, même si je n'envisage pas le short sortable en ville (s'asseoir dans le métro en short, brrr). 

    Histoire quand même d'avancer sur ce sujet crucial de la garde-robe d'été, j'ai décidé de contourner le problème et me concentrer sur les accessoires. Je rêvais depuis longtemps des compensées en cuir naturel d'A.P.C. et les voilà qui ont rejoint mon placard. Grande satisfaction : je les enfile sans me poser de questions,  mon Graal vestimentaire (appelons-ça le Quotient Barack d'un vêtement). Les anglo-saxons appellent ça un "no-brainer" et j'aime bien l'idée que mon cerveau peut se mettre sur off quand il s'agit de m'habiller. Pour l'instant, j'en suis là de ma garde-robe d'été. Il se peut donc que par 40° je sois habillée en jean et col roulé ET sandales. Un choix tout à fait original vous en conviendrez.


    I've always been quite clueless when it comes to summer dressing and I have to leave my no-brainer, cold months uniform of jeans, sweater and some form or other of boots or sneakers. I'm baffled by skirts and dresses, never finding a model that is fuss-free enough for me. Though I recently found a skirt that may be the skirt-y equivalent of a jean. It's still hanging on its hanger, though, while I'm seeing how long I can stand being the only person on the street still wearing turtlenecks and dark rinse jeans as the temperatures rise. I also finally fulfilled my fantasy of owning the A.P.C. classic, natural leather wedges. Those are great. They actually do look summery (even manage to lend a summery air to the above mentioned turtlenecks and jeans) and I can walk in them, which is always a plus in the shoes department.


    Jeanne-Aurore




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  • 06/11/15--02:00: En paix ;)
  • Deux séries mode dans Elle : il se trouve que j'aime les deux ;)

    Eh bien voilà, j’ai décidé d’écouter la myriade de compliments totalement immérités que m’a fait Jeanne-Aurore dans un post et le tapage de doigts de Lilu et de sa partner in crime Elli (dans les commentaires, ici). Et donc : d’arrêter de vouloir me formater une garde-robe essentielle contre mon gré.

    Je me suis demandée : mais pourquoi ai-je si envie d’une garde-robe essentielle, alors que ça n’a jamais été une inclinaison naturelle ? Eh bien, j’ai trouvé, c’est parce que je raisonne encore comme si j’étais à Paris, sauf que je n’y suis plus ! Je m’explique. A Paris, la vie est quand même assez speed et stressante, suffisamment, en tout cas, pour avoir ressenti le besoin, au fil des années, de ne pas me la compliquer plus encore, et de tout simplifier : ma maison, ma routine… mon armoire. Réduire m’a délestée de brainstormings pesants et de tâches chronophages, et ça m’a fait du bien. Mais c’était à un moment où j’en avais besoin. Il faut ajouter que le coût des vêtements reste élevé en France (où payer moins 30% en dépôt-vente par rapport à du neuf est considéré comme une bonne affaire), et la taille de mon logement pas immense : donc là encore, l’essentiel, ça faisait sens.

    Alors que la réalité, depuis la rentrée 2015, c’est que je vis à Los Angeles, où j’ai à ma disposition des dépôts-ventes qui coûtent peanuts et des placards plus vastes ;) Et puis surtout, j’ai plus de temps, car dans cette ville de soleil, de plage, de nature, on travaille, mais dans une bonne vibe, il y a moins de sollicitations, moins de rush. Donc sûrement plus de cerveau disponible pour renouer avec un sport créatif comme « quoi porter avec quoi ». Arrivée avec une valise, la pure capsule wardrobe, je n’ai pas tardé à en avoir fait le tour, je me suis remise à shopper, en me traitant intérieurement de crécelle, alors que c’était peut-être un sain réflexe, un retour du fashion game, un plaisir dont j’ai, en fait, toujours été friande (puisque même petite, j’adorais inventer de nouvelles tenues pour mes Barbie ou découper le catalogue La Redoute pour réassembler leurs silhouettes). 

    Donc, continuer à lutter contre cette facette de moi est sûrement, vous avez toutes raison, dommage, ou excessif, ou inutile, en tout cas pas à faire. Et vous savez quoi ? L’accepter m’a même peut-être rendue plus raisonnable. Hier, j’étais chez mon fameux Crossroads Trading Co, j’ai essayé plein de trucs, j’aurais pu prendre plein de trucs, et puis j’ai réalisé que j’avais un petit démon qui me disait « achète achète achète », un petit ange (enfin… vraiment ?) qui me disait « n’achète pas n’achète pas n’achète pas ». Et moi au milieu de tout ça qui me disait : tout va bien, mais je n’ai pas spécialement envie de ça, pas aujourd’hui. Ni frustrée, ni embêtée, juste… en paix. 


    Laure

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  • 06/12/15--00:00: b. comme basique




  • Je parlais d’autre jour de la jupe d’été que je viens d’acquérir et on m’a demandé, dans les commentaires, d’où venait cette trouvaille. J’ai des sentiments assez partagés sur le fait de divulguer ce genre d’informations. Non pas que je tienne à tenir mes sources de bons basiques secrètes pour faire ma mystérieuse. C’est plutôt que je trouve que le Web est déjà suffisamment saturé - j’ai même envie de dire pollué – comme ça par les co-optations de marques et de produits. Ce qui me convient à moi ne vous plaira peut-être pas à vous, ce qui est envisageable dans le budget de l’une est peut-être trop cher pour l’autre, et ainsi de suite. D’un autre côté, je suis la première à aimer qu’une amie me révèle où elle a pu trouver son jean ou t-shirt fétiches, si la qualité a tenu le coup dans la durée, etc. 

    Bon.

    Il se trouve que j’ai acheté la jupe en question chez agnès b. et qu’en y réfléchissant, je n’ai vraiment aucun problème à partager cette information, pour la bonne et simple raison que j’aime vraiment bien agnès b. La marque, pas la personne, je ne la connais pas personnellement, même si c’est un peu comme si, car cela fait presque trente ans que je porte ses vêtements. Je n’ai pas gardé les vêtements acquis au fil des années… J’en ai le regret parfois, mais la vérité est que je ne pourrais plus, hélas, rentrer dans l’ensemble veste pression + minijupe en molleton rouge des mes 13 ans (ma première tenue « de grande », offerte par mon parrain dans feu la boutique agnès b. Lolita de la rue du Jour), ni le blouson en cuir ultra-souple de mes 20 ans (porté non stop plus d’une décennie, puis porté par ma mère, puis reporté par moi, puis finalement donné à l'une de mes sœurs quand vraiment il est devenu trop étriqué pour moi – mais je rêve encore de ce blouson et de trouver son équivalent). En revanche, je suis toujours restée attachée à cette enseigne, son esthétique qui semble suivre fidèlement les goûts de sa créatrice plutôt que la tendance (au risque parfois d’être un peu déconnectée de l’époque, mais dans la mesure où je suis restée bloquée en 1995, cela ne me pose pas grand problème), et la qualité que j’ai toujours trouvé irréprochable (bonus aussi pour un certain nombres de pièces produites en France et en Europe ce qui est devenu une rareté pour une marque au niveau de gamme pas trop inacessible). Bref, quand j’ai repensé mon armoire de fond en comble l’année dernière, je me suis tournée de nouveau vers agnès b. J’y ai trouvé un pantalon d’été noir tout simple et léger, made in France, très bien pour les occasions habillées quand il fait chaud. Et, cette saison, la fameuse jupe et un petit pull raccourci manches courtes qui va très bien avec elle.

    Voilà. Vous ne pourrez pas dire que je fais ma mystérieuse.


    agnès b. is one of those French brands that, along with A.P.C., has been one of my go-to places since I was in my teens for well made, no-fuss basics. 


    Jeanne-Aurore




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    Euréka, j’ai réalisé une chose l’autre jour en écrivant un nouveau « Tried & True » (bientôt en ligne). Je contemplais ma liste, cette liste de mes-basiques indémodables-que-je-rachèterais-les-yeux-fermés, et dedans, il y avait la ballerine Repetto. Vous savez, ce basique des basiques, tellement évident qu’on n’y réfléchit même plus, tellement évident… que je n’avais pas songé que je n’en portais plus. Dans l’absolu, je l’aime toujours, cette ballerine. D’ailleurs, en voyant Emma Stone dans le nouveau Cameron Crowe, Aloha, apparaître en chemise blanche, pantalon cigarette et ballerines noires, je me suis dit que cette silhouette en hommage à Audrey H. était décidément adorable. Sauf que personnellement, aujourd’hui, j’accessoiriserais autrement. Disons que mon feeling me pousserait à accessoiriser autrement : ce serait mon cerveau qui me dirait peut-être qu’il faut que je rentabilise mes ballerines !

    On a toutes dans nos têtes des listes de choses que l’on aime, des vieilles wish-lists qui traînent, que l’on ne réfléchit pas forcément à actualiser. L’évolution perso, l’air du temps, il y a des tas de raisons pour avoir adoré un style de pièce, mais ne plus avoir envie de le porter à l’instant T. Je crois que beaucoup de mes erreurs d’achat récentes viennent aujourd’hui de là : acheter des vêtements qui ont un jour coché les bonnes cases (Une blouse ? Checked ! Des pois ? Checked ! Un slim ? Checked !)… mais ne m’emballent plus tant que ça. J’ai acheté par exemple une très jolie blouse en soie blanche que j’aurais adoré dénicher à une certaine époque pour l’associer à un jean skinny, avant de m’apercevoir que je suis devenue sans forcément y penser une fille à t-shirt tout basique, à sweat-shirt, à pantalon d’homme confortable et à jupe sous le genou.

    Attention : il ne s’agit pas de renoncer à mon côté versatile, moi qui ai officiellement annoncé que je faisais la paix ! Juste de savoir dire au revoir à des vieux désirs, des vieux « moi », pour mieux embrasser ce qui me plaît réellement en ce moment – mon new « moi » ;). 

    Laure

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  • 06/17/15--00:00: Pop ! Goes My Heart


  • Pourquoi est-il si dur de s'écouter ? Pourquoi est-on constamment en train de douter de ce que nous disent nos tripes, qu'il s'agisse de nos relations, de notre travail, de nos goûts, de nos envies (et bien sûr, de notre armoire) ? Pourquoi laissons-nous toujours notre cerveau prendre le dessus, rationnaliser, raisonner, souvent a l'encontre de ce que nous dicte notre instinct ? Cela fait des années que je me débats avec ces questions, sans trouver de bonne réponse. Je sais juste qu'aujourd'hui j'ai envie d'écouter davantage mon coeur, mes tripes. Désolée pour les analogies gore...

    Il y a quelques jours, alors que je triais mes archives de dessins, en essayant justement de me baser uniquement sur ce qui faisait réagir mes tripes, je suis tombée sur ces petits croquis datant d'il y a sept ou huit ans, illustrant mon allure idéale. Petit choc en me rendant compte que cela faisait presque une décennie que je rêvais d'avoir les cheveux courts et que je me refusais ce bonheur. Pourquoi vouloir à tout prix être ainsi son propre bourreau ? 

    Je sais depuis mes vingt ans ce que j'aime en matière de vêtements. Cela pourrait se résumer, grosso modo, à ce shopping de 1996 avec lequel je vous ai déjà rebattu les oreilles. Du simple, du sobre, du quintessentiel. Or, j'ai passé près deux décennies à lutter contre ce goût, qui est le mien, une bonne fois pour toute. Tous mes tris ratés, toutes mes tentatives de style, qui ont sans doute eu de leur utilité pour m'aider à comprendre qui je suis et ce qui me constitue, n'ont en fait formé qu'une énorme boucle. Tout ça pour en revenir à 1996.

    Sauf qu'il y a vingt ans, je ne savais pas m'écouter. Je n'avais pas la solidité, la foi en moi, pour me dire que ce que j'aimais avait de la valeur. Si j'aimais quelque chose, j'en venais immédiatement à en douter car je me disais, mince, si moi j'aime ça, ça ne doit pas être si génial que ça. Récemment, j'ai décidé d'arrêter de me bagarrer comme ça contre moi-même. Quand j'ai acheté ces sandales, j'ai par exemple décidé de ne pas écouter mon cerveau qui raisonnait que ce serait mieux en noir, plus sûr comme choix. Au fond du fond je n'avais pas envie de noir.

    Ca peut paraître con toutes ces histoires de fringues (et Dieu sait que les commentaires acerbes sur ce sujet guettent quiconque écrit sur les vêtements, et en particulier sur Internet). Superficiel. J'ai toujours pensé le contraire. Que c'était dans ces menus choix quotidiens, ces infimes décisions que l'on pouvait apprendre à se comprendre et trouver à s'exprimer au plus juste. Que viser à la sincérité absolue dans l'élégance et l'apparence était un moyen, aussi limité soit-il, de refuser de contribuer à l'enlaidissement du monde.

    Il faut arriver à s'aimer un tant soit peu pour arriver à assumer ses goûts.

    Donc voilà, aujourd'hui, j'assume. Et je suis de plus en plus attentive à ce qui fait faire des soubresauts à mon coeur.

    Ca fait un bien fou.


    For years, I've struggled with myself, my tastes, always prone to listen to my brain over my guts be it in terms of career, personal relationships or, indeed, clothes and hairstyles. I recently stumbled over this little drawing I did almost a decade ago, depicting my ideal haircut. Wow, so I had been denying myself the joy of cutting my hair short all this time? All this time I had been dreaming of a pixie cut and not allowing myself to go there? What is the deal with that? Why are we denying ourselves the confidence to listen to our gut feelings? to whatever makes our heart go "boom"? We do know deep down what is good for us, what we want. Yet we are endlessly looking at others for comparison, for counsel, for a path to follow when it is now clear to me (call this the wisdom imparted on the newly turned 40) that we are the only ones fit to dictate whatever the hell we should do, like, find cool, wear. So here's to following your heart and not giving a damn about the rest.


    Jeanne-Aurore


    P.S. : Parce que ce post ne serait pas complet sans ça :

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  • 06/23/15--00:00: Lessons From L.A.


  • Il y a un peu plus d'un mois, au début du mois de mai, j'étais à Los Angeles. Visées premières de ce voyage : retrouver Laure (on aura beau me dire Skype, mails, Whatsapp, rien ne remplace un café pris en terrasse pour vraiment se parler) et découvrir la ville (le Getty Museum est un sacré truc, les amis). Ce que je n'avais pas prévu, c'est que Los Angeles, cette drôle de cité dont on peine à saisir les contours, qui semble comprendre des dizaines de villes dans la ville, qui hésite entre mer et buildings, détente et frénésie, était la parfaite antichambre pour préparer mon passage à la quarantaine. 

    Car en rentrant de Los Angeles, j'ai fêté mes 40 ans. Et j'ai eu la sensation de vivre cet anniversaire à la californienne. C'est-à-dire détendue. Quoique toujours consommatrice à haute dose de gluten et lactose, et toujours extrêmement rétive à tout ce qui pourrait ressembler à du jus d'herbe, ce qui trahit mon appartenance bien parisienne et ferait de moi une Californienne très mal vue.

    Pour mes 30 ans, ce fut une autre affaire. Le jour de cet anniversaire fatidique, et après avoir annoncé à la cantonade que de dire adieu à ma vingtaine ne me faisait ni chaud ni froid, je me suis bloqué le cou de manière spectaculaire. Impossible de bouger, le torticolis du siècle. Et ça ne s'est pas arrêté là, puisque, invitée ce jour-là par ma grand-mère à déjeuner dans le restaurant de la Gare de Lyon, Le Train Bleu, un lieu dont je rêvais depuis des années, je me suis retrouvée en plein repas à faire une allergie mémorable au décontractant musculaire que j'avais avalé dans le but de me décrisper. J'ai fini le repas à quatre pattes dans les toilettes du chic restaurant, avec un tournis infernal, au point que ma grand-mère, la pauvre, à dû quasiment me porter jusqu'à un taxi afin de me raccompagner chez moi (tout en restant, je tiens à le souligner, incroyablement classe dans son tailleur pantalon Armani, contrairement à moi qui, entre le torticolis et l'allergie, n'affichait pas une allure des plus dignes). Freud a dû bien rigoler, ce jour-là.

    Une décennie peut faire une sacré différence. La première étant que j'ai fêté ces 40 ans sans ma grand-mère, et que l'absence de son appel le matin de mon anniversaire m'a semblé bien plus cruelle que le fait de me savoir vieillie d'une année de plus. Ses tailleurs Armani me manquent. Tout comme sa manière de rétorquer, à tous les coups durs de la vie, "tutto va benissimo", une expression qu'elle avait rapportée de ses dix années passées à Rome. Une expression italienne qui a son pendant à L.A., où tout le monde, quoiqu'il advienne, aime à vous assurer que tout est "cool", tout est "all right", qu'il n'y aura jamais de problème sous le soleil angelinos. Peut-être est-ce vrai. Peut-être est-ce un gros mensonge. Peu importe. Il y a une forme de philosophie zen dans cette ville pourtant par ailleurs surpeuplée, surexcitée, survitaminée. Un truc d'acceptation de la vie telle qu'elle est que ma grand-mère aurait aimé. Cela ne sert à rien de râler, de se plaindre, il faut avancer.

    A Los Angeles, je me suis sentie à la fois chez moi et étrangère. Chez moi parce qu'il y avait les amis, Laure qui me faisait découvrir ses lieux favoris comme si nous avions fait ça toute notre vie, les avenues de Koreatown qui bruissaient sous le soleil du soir dans un éclat bienveillant. Et étrangère parce que dans cette ville immense, lumineuse, "larger than life", toutes les choses qui m'horripilent à Paris (le gris du ciel, les trottoirs minuscules, les passants qui font la tête) en venaient, paradoxalement, à me manquer.

    Et la quarantaine ressemble un peu à cela. A une maison où l'on se sentirait à la fois bienvenu et étranger, un lieu familier qui serait aussi une terre inconnue. On y est chez soi et de passage, installé et en transit. On y apprend à faire avec le mouvement des choses, de soi-même. On y apprend, un peu comme à Los Angeles où tout est toujours en mouvement, à suivre le flot, à moins se crisper, à se délester des certitudes et des poids morts. On y apprend, peut-être tout simplement, à cesser de lutter contre la vie, qu'on ne peut et pourra jamais maîtriser.

    Jeanne-Aurore





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  • 08/31/15--03:09: A la faveur de l’été

  • Je reviens de longues vacances. Du blog, du boulot et surtout de moi-même.

    Durant cette pause, cerveau, téléphone et ordi le plus souvent déconnectés, j’ai constaté que ma garde-robe n’était plus du tout une priorité. Ce n’était même plus réellement un sujet de pensée. 

    Le fait que je ne sais pas m’habiller quand il fait chaud ? Pas grave, je faisais avec, je portais non-stop mon short ou mon pantalon noir, hyperléger et infroissable (« infroissable », très important pour rassurer la psychorigide déstabilisée par la chaleur). Mon obsession d’un nouveau sac ? Envolée en constatant que ma besace en cuir taupe est parfaite pour faire la touriste et que, quand il fait très chaud, je préfère carrément utiliser un simple sac en toile (sachant que par ailleurs mon idéal de vie absolu est d’être une fille badass qui ne porte pas de sac du tout, genre Trinity dans « Matrix »). Les deux pantalons en lin achetés en espérant qu’ils fassent de moi une fille estivale ? Un semi-échec : pas du tout infroissable, le pantalon en lin, donc mauvais pour le mental de la psychorigide. Mais l’un de ces deux pantalons, noir (on ne se refait pas), large, avec un lien à la taille façon pantalon thaïlandais, m’a tout de même bien dépannée ces jours de canicule où mon cerveau était tellement fondu que j’en oubliais d’être une coincée du pli.

    En croisant plusieurs robes chemises et pantalons chinos légers durant les vacances, j’ai suspecté que ça pourrait être ça, ma solution d’été. Cela dit, je n’ai fait aucun effort pour chercher à en trouver qui m’iraient. Je me suis dit que si je devais trouver, je trouverais.



    Ce fut d’ailleurs une de mes leçons de l’été. La flemme, la paresse, le « moins on en fait, mieux c’est », sont bons conseillers. C’est quand je m’agite, que je m’épuise à trouver des solutions - vestimentaires ou autres - que je fais des choix idiots. C’est comme ça qu’au détour d’une rue de Lisbonne j’ai enfin trouvé le remplaçant de mon peignoir de bain en coton blanc Princesse Tam Tam qui tombait en poussière après une décennie de loyaux services. Justement le modèle idéal que je ne trouvais pas quand je le cherchais frénétiquement à Paris en faisant toutes les boutiques possibles. 

    C’est aussi à Lisbonne que je me suis offert, sur un coup de tête, à dix minutes de la fermeture de la boutique, le nu-pieds immémorial (TM Balibulle) dont je rêvais depuis des années, sans oser me l’offrir, en achetant à la place mille substituts soi-disants moins chers mais dont les montants combinés s’élèvent à bien plus que celui des sandales en question. Un cadeau tardif pour mes 40 ans.

    Bref, cet été fut une nouvelle fois l’occasion de constater que mon rapport aux vêtements est le plus souvent dicté par la panique, la frustration, les émotions négatives. Que je pense aux vêtements, et que surtout je pense que j’ai besoin de nouveaux vêtements, quand c’est en réalité d’autre chose que j’ai besoin - repos, sérénité, temps passé avec ceux que j’aime. Je déplace le problème, je me raconte des histoires. La vérité étant que, quand je suis sereine, concentrée sur le fait de vivre ma vie, de profiter de mes proches, je suis tout à fait satisfaite de ce que j’ai, de porter quinze fois de suite les mêmes pantalons et t-shirts et que, lorsque achat il y a, je le réalise soudain avec une sûreté de choix absolu. A méditer en cette rentrée…


    Jeanne-Aurore







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  • 09/16/15--03:02: Règlement intérieur
  • Liv, 1995
    Source

    Par le passé, j'ai été très cliente de ces listes impérieuse qui décrètent qu’il faut acheter comme ci ou comme ça - oui, exactement le genre de liste dont Laure et moi adorions ponctuer nos livres. Sauf qu’aujourd’hui j’arrive à la conclusion que ces listes ne sont pas très utiles, voire nocives : avec leur approche « one size fils all », elles ont tendance à oublier que chacun fait comme il veut et surtout comme il peut. C’est un peu comme les listes de vêtements à avoir absolument dans sa garde-robe. Dieu sait que j’ai cru à fond à ce genre de listes (et que nous en avons aussi truffé nos bouquins - mea culpa maxima). C’est ainsi que je me suis retrouvée avec un trench-coat qui me donnait l’impression d’être l'Inspecteur Gadget.

    Aujourd’hui, la seule liste que je me permettais de partager, c’est celle-ci, qui n’engage que moi, qui n’est adressée qu’à moi-même, qui vient de ce que j’ai pu observer de mes achats réussis et ceux qui étaient foirés. Sachant que les seconds ont toujours la même origine : je n’ai pas su m’écouter.


    Tu n’as « besoin » de rien Suis-je sur le point de me balader à poil dans la rue pour cause d’absence totale de vêtements dans mon placard ? Pas vraiment. Aucun achat n’est vital, aucun vêtement n’est une question de vie ou de mort. Et fuck la vendeuse qui annonce d’un air menaçant que c’est «le dernier en stock ».

    Arrête d’acheter des doublonsLaure nous avait prévenus : les doublons, c’est le Diiiiabbble. Ou, dans mon cas, un moyen d’entretenir ma croyance que, si un vêtement favori venait à disparaître, l’Apocalypse serait proche. En revanche, j’aime bien bien le rituel et le réconfort de racheter certains basiques immuables (Birkenstock, Nike Air, culotte Hanro) quand le modèle précédent est arrivé en fin de vie.

    N’achète pas quand tu essayes d’acheter du bonheur Ou que tu essayes de tromper l’ennui. Ou que tu as envie de te faire masser l’ego par un vendeur. Ou que tu as un papier à rendre et que tu procrastines. Ou que tu as une crise de panique à la pensée que nous mourons tous un jour. Ou parce que tu t’es raconté que cette paire de boots va régler tous tes problèmes. 

    Achètes pour toi Pas pour celle que tu pensais être et pour qui le trench aurait vraiment été un bon basique. Pas pour ressembler à la vendeuse / cette fille que tu as vue dans la rue / cette icône dont tu admirais le style plus jeune. Achète pour le corps, la vie, les besoins qui sont les tiens ici et maintenant. Et rappelle-toi qu’au fond tu n’as besoin de rien (voir plus haut).

    Tu aimes ce que tu aimes Les jeans sans signes distinctifs, le noir, le blanc, le bleu, le gris, les boots noires, les sacs en bandoulière, les manteaux et vestes stricts, les dessous sans falbalas, les lunettes classiques, les manches bien longues sur le poignet. (Et, évidemment, des années durant j’ai acheté… l’opposé de cela. Pour moi, c’est le plus grand défi : arriver à accepter que j’aime ce que j’aime et que le reste ne devrait même pas entrer en ligne de compte.)

    Laisse tomber les listes Ma révélation (n’ayons pas peur des mots) de cet été. Les listes sont le Diiiiabbble. Un peu con de se dire ça quand on a écrit un livre autour du concept de « to-do list dressing ». D’un autre côté, c’est encore plus con de ne pas s’offrir la possibilité de changer d’avis. Les shopping-lists ou wish-lists ou quelque soit l'anglicisme que l'on utilise sont donc le Démon (ouaip, toujours pas peur des mots). Elles nous figent dans l'idée qu'il nous faut absolument quelque chose (or on n'a vraiment "besoin" de rien, voir plus haut), elles entretiennent un désir qui s'évaporerait sans doute sans ce mémo écrit, elles annulent la possibilité d'être libre dans ses envies. J'avais une telle liste sur mon téléphone, compilation de ces "indispensables" qui me semblaient manquer absolument à mon armoire. J'ai effacé cette liste, et avec elle le "besoin" de ces choses s'est évaporé. Sans regrets.

    Jeanne-Aurore






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    Jonathan Rhys Meyers
    source 


    Avant que Christian Bale ne devienne Batman, Ewan McGregor Obi Wan Kenobi et que Jonathan Rhys Meyers ne rejoigne Woody Allen dans le très acclamé « Match Point », bref, avant qu’ils ne s’achètent de bonne conduite cinématographique, ces futures valeurs sûres se sont laissées dévergonder le temps d’un  ébouriffant puzzle psychédélique orchestré par Todd Haynes : « Velvet Goldmine ». Nous étions en 1998, le cinéma indie américain brillait encore de mille feux. Et briller, c’est bien le mot d’ordre de ce film-ovni qui ambitionne de remixer « Citizen Kane », Oscar Wilde et les années glam rock, le tout saupoudré d’un déluge de plumes, de paillettes, de guitares saturées.

    Ce film, adoré à sa sortie et des années durant puis un peu oublié à mesure que je me sentais moins touchée par le cinéma de Todd Haynes, m’est immédiatement venu à l’esprit quand j’ai appris la mort de David Bowie, et  j’ai eu envie de le revoir.

    [ Petite parenthèse Bowie : son décès m’a laissée, comme beaucoup de monde, triste et incrédule. Sa musique m’accompagnait depuis l’enfance, quand ma mère écoutait à fond sur sa chaine l’album « David Live » et que je passais des heures à décrypter le déhanché de Bowie, en complet blanc et pull bleu à pois, sur la pochette. Avec la mort de Bowie, une page s’est tournée. Ses  héritiers sont partout - aujourd’hui impossible pour une pop-star de ne pas avoir intégré pleinement le système bowien de la réinvention permanente -,  mais ne nous leurrons pas, personne ne saura jamais le faire comme lui, avec autant de classe et, surtout, de recul.]

    Contrairement à de nombreux films culte de mon passé et que j’ai revu ces derniers temps à ma plus grande déception, « Velvet Goldmine » est resté tel que dans mon souvenir. Un truc clinquant, brillant, brouillon, à la narration de bric-et-de-broc, foutraque en certains endroits, foutrement enthousiasmant en d’autres, et de bout en bout, jouissif. C’est une bio déguisée de Bowie, et la chance de ce film est d’avoir été dès son début désavoué par Bowie lui-même, qui refusait l’idée d’un biopic lui étant consacrée et n’a pas cédé les droits de ses chansons. Qu’à cela ne tienne, Haynes s’est passé des chansons, en a créé d’autres, utilisés d’autres références représentatives de l’époque mais peut-être moins tarte à la crème. Bref, il n’a fait ni un biopic, ni une vraie bio (évitant peut-être ce faisant de sonner comme un mauvais téléfilm), mais un agrégat bizarro, un collage d’images iconiques, un mix d’anecdotes reformatées. Et tant pis pour ceux qui voudraient la vérité ! Le message principal de "Velvet Goldmine"étant que la vérité, heureusement, n’existe pas (ou qu’elle est ailleurs – magnéto Serge pour la musique de « X -Files ») et que d’ailleurs on s’en fout : il est tellement plus drôle de s’inventer sa vérité, sa vie et bien sûr, puisque nous sommes dans un film à paillettes, son look ou plutôt ses looks. Ceux du film - fun, flamboyants - étant signés Sandy Powell, costumière de référence habituée des films de Scorsese. 

    Dans « Velvet Goldmine », on enfile les identités comme les costumes, on se découvre ou détourne l’attention grâce au vêtement. Rarement un film aura aussi bien capté le pouvoir transformateur, libérateur, et surtout mystificateur, du vêtement. Jonathan Rhys Meyers se glisse dans la peau de Brian Slade, une pop star qui pourrait être Bowie tant son parcours mime le sien, mais qui pourrait tout autant être l’une des autres gloires du glam, comme Brian Eno (qui participe d’ailleurs à la géniale B.O. du film), aussi bien qu’il pourrait être l’incarnation de la Star par excellence : une magnétique, magnifique coquille vide. Tout en longueurs péroxidées, jeans moulax et khôl charbonneux, Ewan McGregor campe un hybride d’Iggy Pop/Lou Reed/Kurt Cobain à vous donner envie de ne plus arborer autre chose que jeans en cuir et pulls noirs pour le restant de vos jours. Ses prestations live sont bluffantes. Mention spéciale à Toni Collette, une actrice que j’adore (« Muriel, finish your Orgasm ! ») à qui revient d’endosser les oripeaux de cet archétype de tout bon film rock : l’ex-femme de rocker. On la voit ainsi passer du glam au gros pull informe, un relookage à l’envers très savoureux.

    Et puis, pour ceux qui avaient oublié qu’il pouvait être un interprète touchant et juste, Christian Bale enfile l’habit a priori le plus ingrat du film, mais qui se révèle être le plus passionnant : celui du fan qui tente, maladroitement, de ressembler à ses idoles et, ce faisant, se révèle à lui-même. Si les scènes musicales du film (assurées par un who’s who du rock des plus impressionnantes, de Brian Molko à Thom Yorke de Radiohead) sont tout à fait chouettes, ma scène préférées demeure celle où Bale, interprétant le banlieusard peu sûr de lui Arthur, ose faire son coming out, vestimentaire mais pas que, et s’aventure dans sa morne rue pavillonnaire, avec un mélange de fierté et d’inquiétude, vêtu d’un t-shirt moulant bardé de badges et ce, détail formidable, après avoir caché sa veste banale dans un buisson de la maison familiale. Qui ne s’est jamais senti le roi du pétrole après une coupe de cheveux réussie, qui n’a pas jamais noué un bandana dans ses cheveux pour faire comme Madonna, qui n’a jamais éprouvé le plaisir savoureusement rebelle de se présenter à un dîner prout en Converse élimées, qui n’a jamais chanté pour le Stade de France à poil dans sa salle de bains avec un déodorant pour  micro, qui n’a jamais tenté un déhanché à la Elvis/Prince/Bowie juste parce que ça fait du bien lui jette la première pierre. Pour les autres, revoyez ce film, qui en ces temps présents qui voudraient nous lisser, nous encadrer, nous encarter, célèbre la liberté d’écouter, d’aimer, de porter tout ce que l’on veut. Après tout, « We can be heroes »...


    My love letter to « Velvet Goldmine », the Todd Hayne’s glam rock extravaganza which is as much an ode to Bowie, feathers and good music played very loud as it is to the transformative experience of being a fan, the liberating power of clothing, the perfect leather pants as worn by Ewan McGregor and the unsung qualities of Christian Bale. An underrated must-see indie masterpiece.


    J.A.