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Channel: l'armoire essentielle
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Matériel / Immatériel

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Au fil de ses dernières années, je me suis délestée de nombre de mes possessions, sans en ressentir de regrets, la plupart du temps. Moi la grande accumulatrice de livres, j’ai ainsi réduit ma collection à une dizaine d’ouvrages « îles désertes » dont l’absence sur mes étagères me manquerait cruellement (les albums désopilants de Jean-Philippe Delhomme qui me rappelleront toujours le bonheur de lire ses « Polaroïds de jeunes filles » dans feu le Glamour des années 90, ou encore « Fashion Movies », le livre de Laure qui présida à notre rencontre, ou mes éditions Pléiade de Jane Austen que je compte emporter dans la tombe). Je me suis délestée aussi de la plupart de mes DVD : comme avec mon tri de livres, je suis arrivée à la conclusion que certains objets de culte et de culture, que je croyais indispensables à ma vie, étaient désormais moins réellement nécessaires à mon bien-être que représentatifs de goûts anciens, de périodes passées, auxquelles je continuais à me cramponner. Tel film de Gus Van Sant adoré passionnément il y a quinze ans soudain ne me faisait plus d’effet (voire me barbait infiniment). Tel coffret de série « indispensable » apparaissait soudain m’être… tout à fait dispensable, voire carrément inutile. La vie change, les goûts évoluent, faire ces tris m’a aussi permis de l’apprendre, de me dire qu’évoluer n’est pas se renier, juste accepter que l’on n’est plus la même personne qu’à la fac. Comme le dit ma mère « Il n’y a que les moules qui adhèrent ». C’est bien, parfois, de savoir quitter son rocher.

Il y a cinq ans, quand j’ai déménagé pour m’installer avec mon amoureux devenu depuis mari, j’en ai profité pour faire un grand ménage dans ma collection de musique. Exit tous les Cds accumulés, je décidais de ne garder que la crème de la crème, mon best of musical des albums qui avaient comptés. Puis, y a trois ans, nous déménagions à nouveau et cette fois-ci, j’ai décidé de ne plus garder de trace « matérielle » de ma musique. J’étais en pleine frénésie Dominique Loreau, light soyons light, et je me disais que ce serait la belle vie de transférer mes Cds sur mon ordi et d’en profiter ainsi, de manière nomade, libre, sans m’encombrer de boîtiers et autres livrets de paroles. Sauf que. Contrairement aux livres, ou aux DVDs (et n’oublions les vêtements, hein !), j’ai regretté amèrement cette décision.

Car une fois ma musique dématérialisée… j’ai tout simplement arrêté d’en écouter. Il faut dire que j’appartiens à une génération qui a grandi avec une musique bien matérielle. Avec des cassettes, des 33 et 45 tours, et même des tubes enregistrés à la radio sur cassette (vous faisiez ça, vous aussi, d’attendre que votre morceau préféré passe sur les ondes pour la capturer sur votre magnétophone ?). Et puis des Cds, dont on compulsais frénétiquement leur livret et leurs légendes, les paroles, les remerciements, en prenant le temps, vraiment, de se poser pour écouter l’album, sans rien faire d’autre.

Alors, en ce moment, je suis en train de faire un truc un peu maboule. Bon, déjà, j’ai offert à notre maison une chaîne qui lit les Cds (mais aussi la musique de mon téléphone et de mon ordi parce que soyons un minimum de notre époque). Et surtout, je rachète petit à petit des Cds, mes Cds favoris. Il se trouve que se trouve près de chez moi une boutique où les albums d’occasion coûtent 4 euros et que c’est très agréable d’y traîner. C’est un processus amusant, qui au fond ressemble un peu à ce que je fais avec mon armoire depuis que je l’ai radicalement vidée et que j’y réinjecte, petit à petit et avec réflexion, uniquement ce qui constitue, pour moi, des « best ». Je ne rachète donc pas n’importe quoi mais uniquement, et seulement, ces albums que je connais par cœur, et surtout qui ont toujours encore un sens pour moi aujourd’hui (l’idée n’est pas de céder à la nostalgie). Le suave « Urban Hang Suit » de Maxwell. L’immense « So » de Peter Gabriel. Le « Listen Without Prejudice » de George Michael. (Au cas où vous en doutiez, oui mes goûts musicaux sont bloqués quelque part en 1996). 

Cela peut sembler idiot. Ces albums sont pour la plupart déjà présents sur mon ordinateur et de ce fait écoutables sur ma nouvelle chaîne. Mais je me suis rendu compte que j’avais besoin du rituel du Cd qui entre dans le lecteur. Du canapé dans lequel on s’assied pour écouter, avec toute son attention, les morceaux. En chantant, si possible, très fort, très faux et très longtemps. Sur ma liste actuelle de Cds à me procurer de nouveau : « Tidal » de Fiona Apple (mon album de tous les albums et celui qui me manque le plus en format matériel), « Parklife » de Blur et quelques autres…

Jeanne-Aurore



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